| | | Politique : Comment Alpha Condé est en train de devenir un dictateur. | | posté le 24 juin à 10h56 | mis à jour le 24 juin à 17h26 | affiché 8433 fois | | L’ancien premier ministre Jean Marie Doré, lors de l’investiture d’Alpha Condé en décembre 2010, faisant allusion à l’événement a parlé d’ « intronisation ». Signe des temps, le simple humain qu’était Alpha Condé avait corrigé séance tenante le premier ministre de la transition en affirmant qu’il n’est « pas un roi et qu’il s’agit donc d’une investiture » Un an et demi après ces faits, il est à croire que ce lapsus linguae de Doré était prémonitoire, tant Alpha Condé a pris la posture d’un monarque, en concentrant dans ses bras tous les pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire), en ayant autant de courtisans et surtout en instaurant le culte de la personnalité. En effet, le conseil national de transition, parlement provisoire, depuis l’avènement d’Alpha Condé n’a pas pu adopter la moindre loi faite à son initiative (proposition de loi), mais s’est plutôt contenté d’avaliser des projets de loi et autres accords envoyés par le gouvernement… Les recommandations issues des états généraux de la justice n’ont pas connu le moindre début d’exécution. Les principes d’indépendance et d’inamovibilité des magistrats du siège restent des vœux pieux. Les décisions des juges sont encore assez souvent rendues sous l’influence de l’argent ou celle de la hiérarchie. Et pour joindre l’utile au futile, les mouvements de soutien et de dévotion, comme au temps jadis, se créent et se multiplient. Le comité de soutien des actions de Lansana Conté (Cosalac), le Mouvement de soutien aux actions de Lansana Conté (Mosalac), le Mouvement Dadis Doit Rester et autres se sont mués en autant de mouvements similaires de soutien à Alpha Condé et animés par d’opportunistes lurons. Les recettes sont derechef les mêmes : un tournoi de foot, un concert ou autres manifestations à la gloire du chef ou à la mémoire d’une personne décédée qui lui était proche. Les ministres et autres commis de l’Etat- de préférence nantis- tenus par l’épée de Damoclès qu’est le pouvoir du décret, désignés à brûle- pourpoint comme parrains ou invités d’honneur par les roublards, se démènent et rivalisent d’ardeur et de générosité pour la réussite de l’événement. Seule la couleur des foulards noués autour du cou lors de la cérémonie a changé : blanche sous Sékou Touré et verte sous Lansana Conté, ces foulards sont dorénavant de couleur jaune. La Radiodiffusion et Télévision Guinéenne (RTG), comme sous Sékou Touré, Lansana Conté et Moussa Dadis Camara, joue son rôle traditionnel d’instrument pour abêtir la plèbe avec ses interminables et dithyrambiques reportages sur « le Professeur Alpha Condé ». Les émissions d’informations en langues nationales à la télévision nationale, les articles, chroniques, magazines et autres documentaires panégyriques ,qui avaient fini par convaincre Sékou Touré, Lansana Conté et Moussa Dadis Camara qu’ils étaient des surhommes, bercent désormais la populace en lui assenant les hauts faits du Président. Les clips et chansons qui passent en boucle sont ceux qui magnifient le grand sachem. Les ordinateurs qui sont remis par l’autorité des régulations des postes et télécommunications, les camions frigorifiques qui sont remis aux mareyeuses et tous les dons et bienfaits ne sont plus faits par l’Etat guinéen, mais par le Professeur. Détail anecdotique : désormais, à Sekhoutoureyah, il est plus correct de parler malinké, comme il était plus correct de parler Guerzé au camp Alpha Yaya Diallo sous Dadis ou le soussou au Petit Palais sous Conté. Toute autre langue peut paraître dissonante et donc « politiquement incorrecte » vis-à- vis du chef. Vous avez dit changement ? | | | Amadou Tham Camara Conakry, Guinée | | |