Il s'agit d'un blog qui s'intéresse au devenir du continent Africain. D'où la prospective avant la proposition.
20 Avril 2012
Les relations sino-africaines peuvent sembler controversées ou dangereuses. Pourtant elles ne sont pas moins bonnes que les relations que l’Afrique a pu entretenir ou entretient toujours avec les anciennes puissances coloniales. Reprocher à la Chine son manque d’ingérence dans les affaires internes africaines semble injustifié face à la volonté proclamée par les Nations Unies. Les relations sino-africaines profitent réellement aux pays africains qui entament enfin un développement et une urbanisation conséquents. Les infrastructures que la Chine construit à son profit serviront aussi aux pays, les lignes de chemins de fer permettent de relier les villes et de faciliter les communications et les échanges. Les ports et les routes sont des constructions durables et permettront sans nul doute à l’Afrique de multiplier ses échanges. Les prospections permettent d’augmenter la capacité pétrolière et minière du continent. Enfin, les aides, les prêts et les annulations de dettes provoquent peu à peu une stabilisation de la situation économique de certains pays d’Afrique ainsi qu’une croissance globale positive. La Chine ne cache pas ses intérêts, sa demande en matières premières ne cesse d’augmenter à mesure de son développement et le continent africain lui permet de diversifier ses partenaires.
Mais c’est à l’Afrique de tirer au mieux parti de ces relations. Si elle ne pouvait pas imposer sa volonté aux premiers abords de par sa position de faiblesse, elle peut peu à peu augmenter ses exigences. Et tout cela devrait se faire par un consensus économique, l’Afrique devrait oublier les douleurs de la dépendance et s’unir pour devenir une puissance. Il faudrait qu’elle profite de ses ressources naturelles pour diversifier ses partenaires et essayer de se tourner vers d’autres pays émergents comme l’Inde ou le Brésil. Elle devrait cesser de vendre ses matières premières sans les transformer au préalable. La valeur ajoutée à ses produits n’est pas à négliger. L’Afrique devrait mettre en place la concurrence dans son pays et inciter les multiples pays intéressés à payer le juste prix et non plus acheter au rabais ses richesses. Le continent africain devrait se présenter de manière unie et se mettre en position de force face aux pays qui s’intéressent à ses richesses. Elle va peu à peu posséder les moyens d’imposer ses conditions à des pays dont le besoin de matières est tellement important qu’ils ne pourront qu’accepter de se plier à ses exigences. Mais il ne faudrait pas non plus qu’elle vende ses matières à outrance et elle devrait se constituer une réserve de matières premières personnelles plus conséquente car elle en a besoin aussi pour son développement et si elle laisse la Chine ou les Occidentaux s’emparer de ses richesses, elle se retrouvera encore en position de faiblesse. Au contraire, elle devrait privilégier les échanges régionaux et permettre aux pays africains qui ne disposent pas des mêmes ressources d’en profiter.
L’Afrique devrait avant tout stabiliser la situation des pays qui la compose. Le rôle des États africains dans la coopération africaine est primordial. Il faudrait qu’ils cessent de voir l’intérêt national comme le plus important et essayent d’adopter une vision commune de la réussite. Les nombreux présidents au pouvoir depuis des décennies devraient réaliser que leur place n’est pas justifiée et n’amènent guère la prospérité à leur pays. Les exemples sont nombreux, ainsi Omar El Bechir est à la tête du Soudan depuis 16 ans, Idriss Déby à celle du Tchad depuis 19 ans, Robert Mugabe à la tête du Zimbabwe depuis 22 ans, Jose Eduardo Dos Santos à celle de l’Angola depuis 30 ans ou encore Omar Bongo qui totalise 42 ans de présidence au Gabon. Tous ces présidents sont aux pouvoirs depuis trop longtemps et empêchent l’Afrique de se développer justement en imposant leur dictature. De plus, le manque de changement de pouvoir provoque une inertie au sein de ces pays les empêchant de se positionner fortement de par leur manque de crédibilité.
Les grandes puissances profitent de cette situation pour instaurer leur monopole. Mais celui-ci est dangereux. En effet elles devraient par exemple cesser leur monopole de la médication et permettre aux pays africains de pouvoir soigner leur population, gravement touchée par le virus HIV (67% de la population infectée par le SIDA vit en Afrique subsaharienne soit environ 22 millions de personnes). Les décisions prises par l’OMC lors du procès de Prétoria en 2001 qui opposait le gouvernement sud-africain aux laboratoires français et américains sont contestables, comment déclarer que les laboratoires français et américains avaient le monopole du brevet du médicament de la trithérapie alors qu’ils les revendent à prix d’or dans ses pays qui en ont gravement besoin (13 000 dollars pour une trithérapie) quand l’Inde propose une version générique à moindre coût (600 dollars) (1). Même si les laboratoires ont abandonné leur plainte face à l’indignation internationale, rien n’a réellement changé : les médicaments sont au nord et les malades au sud. De plus comment accuser la Chine de colonialisme quand des grandes puissances comme les Etats-Unis déversent leurs théories fondamentalistes. Les USA sont peut être le pays qui apporte le plus d’aide en matière de prévention du SIDA en Afrique (3 millions de dollars par an) mais ils le font d’une manière très controversée, par la voie du Pepfar (plan d’urgence présidentiel contre le sida) qui réfute l’efficacité du préservatif et prône l’abstinence et la rééducation des comportements jugés déviants (homosexualité). A titre d’exemple, le gouvernement américain a ordonné l’arrêt de la distribution de préservatifs dans les lycées en Zambie avant qu’ils ne mettent en place leur programme d’aide en 2004. Les ONG américaines présentes en Afrique sont pratiquement toutes soutenues par les Églises fondamentalistes américaines (2) qui prônent ces comportements dangereux, car à moins d’un engagement personnel réel rien ne peut empêcher quelqu’un de ne pas s’abstenir, le préservatif est là pour réduire les risques de contamination et son efficacité est reconnue internationalement, comment expliquer que le continent le plus contaminé soit le moins bien informé voire désinformé ?
Le continent africain est une véritable force, une puissance qui sommeille. Paralysée par la pauvreté et les conflits qui gangrènent le continent, l’Afrique doit avant tout se développer justement et faire profiter à sa population, des bénéfices de la coopération sino-africaine. La population africaine est aussi une force pour le continent et ne devrait pas être oubliée. Cette population est en souffrance pour la grande majorité et elle ne cesse de le démontrer par des mouvements de protestations parfois très violemment réprimandés. La formation de troupes rebelles armées devrait être maîtrisée et entendues car leur présence n’est pas anodine. Lassés des dictatures, ces groupes n’ont pas trouvé d’autres moyens que d’exprimer leur désarroi par la force. La population devrait aussi s’accepter dans sa totalité et refouler ses attitudes racistes interethniques. La population africaine devrait se préserver à tout prix.
Les pays africains ont toutes les cartes en mains pour permettre à leur continent de profiter réellement des échanges internationaux. Les relations sino-africaines devraient être vues comme une opportunité pour l’Afrique, même si ces relations ne sont pas exemplaires et restent critiquables sur beaucoup de points, elles apportent sans conteste une amélioration des situations économiques des divers pays africains. Le rôle de la Chine n’est pas d’apporter à l’Afrique un modèle de développement, ni même d’imposer une vision. L’Afrique devrait trouver sa voie de développement propre et adaptée en se servant de ses expériences passées et de ses désirs futurs. Pour qu’enfin l’Afrique prenne sa place sur la scène internationale, les grandes puissances doivent cesser de l’enserrer dans leur étau d’aide contre matières.
Le continent africain a toujours été sous le joug des grandes puissances et la Chine semble être un pays de plus dans la masse qui profite inconditionnellement des richesses africaines mais elle a le mérite d’apporter à l’Afrique un développement et un enrichissement certains quand d’autres ne font que la ralentir. A tel point que l’on peut très justement se demander si cet affaiblissement n’est pas volontaire. Beaucoup d’études démontrent que l’aide assistée apportée en Afrique n’est pas la meilleure solution car elle rend la population dépendante, or l’Afrique a besoin de se dégager du joug de sa dépendance internationale et celle-ci devrait se faire avec la coopération de tous les acteurs étatiques en mettant notamment en place un réel transfert de compétences et en permettant à la population de jouir pleinement de ses capacités. Ainsi l’Afrique devrait se réveiller et profiter de ce que peut lui apporter la Chine pour entamer son rayonnement international et prouver aux grandes puissances qu’elle peut avoir toute sa place à leurs cotés.
Adeline Dechaume in Les relations sino-africaines.
Concerns about Africa
1 - L’accès aux traitements antisida piétine, 3 décembre 2004, www.latribune.fr
2 - Lutte contre le sida : réalités américaine et renoncement européen, Le Monde, 17 Novembre 200