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Le blog de Aboubacar Fofana

Il s'agit d'un blog qui s'intéresse au devenir du continent Africain. D'où la prospective avant la proposition.

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Exclusif : Aboubacar Sidiki Koulibaly, Ministre du contrôle économique à Guineenews!mique et des audits

Grands dossiers : Exclusif : Aboubacar Sidiki Koulibaky, ministre du Contrôle économique et des audits à Guinéenews© posté le 16 avril à 5h10 | mis à jour le 16 avril à 5h12 | affiché 411 fois         « Quand ont est chargé des audits dans un pays où la corruption est endémique, on ne peut pas s'attendre à être l'ami de tout le monde mais l'ennemi des gens qui sont dans le système…» Ce sont en substance les propos de l'actuel ministre du Contrôle Économique et des Audits, Aboubacar Sidiki Koulibaky, lors d'un entretien à bâtons rompus qu'il a bien voulu accorder à la rédaction de Guinéenews© vendredi après- midi dans ses locaux. Chaque année universitaire, l'État Guinéen enregistre une saignée financière de l'ordre de plus de 40 milliards de francs dans le cadre du paiement des bourses d'étude ou d'entretien, aux étudiants fictifs. En dix questions, le ministre Koulibaly dit tout ou presque. Guinéenews© : Le gouvernement a déclenché une mission de contrôle d'Audits dans les différentes Universités publiques et privées du pays au mois de décembre 2011. Plantez- nous le décor ? Aboubacar Sidiki Koulibaky : Je confirme qu'en décembre 2011, le ministre des Audits et du contrôle financier a effectivement déclenché en collaboration avec le ministère de l'Économie et des Finances à travers l'Inspection Générale des Finances, une mission de contrôle sur l'ensemble des Universités publiques et privées du pays. Ce contrôle a été lancé sur la base des informations fournies par le ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique attirant l'attention du Gouvernement sur la déperdition des ressources financières dans son secteur. Tout d'abord, je voudrais rappeler que la finalité de cette mission n'a pas été tout simplement de vérifier cette saignée financière dans ces universités. Au contraire, elle s'inscrit aussi dans une stratégie globale de réforme du secteur de l'enseignement supérieur afin qu'on puisse s'assurer que les étudiants que nous payons, en termes de bourse d'entretien et d'études existent effectivement mais vérifier par la même occasion les critères d'université disponibles parce que nous remarquons une floraison d'universités en Guinée, ces dernières années. Guinéenews© : La mission de contrôle est à mi-parcours mais quels sont les premiers résultats disponibles. Quel est le constat en ce moment ? Aboubacar Sidiki Koulibaky : Aujourd'hui, ce que nous avons présenté à l'opinion publique, c'est le résultat portant sur le contrôle des effectifs et leur implication financière. La mission n'est pas terminée, elle est en cours. Elle est en train de travailler sous la direction de l'Inspection Générale de l'État et des finances, qui sont dans une commission de supervision. Parlant du constat, disons que sur un effectif total de 95 252 étudiants déclarés dans les universités publiques, nous avons trouvé au contrôle 55 280 présents, soit 39 972 fictifs. Je pense que ce chiffre est énorme. Imaginez que le principe de paiement de ces bourses dans les universités s'effectue depuis longtemps. Donc, on peut imaginer les implications financières pour l'État d'avoir des institutions qui trainent depuis des années des fictifs en leur sein. Je pense que c'est le premier résultat. Le second résultat montre aussi le schéma comment les dépenses sont engagées et l'effectif confirmé. Quand on regarde tout cela, on se rend compte qu'au sein des universités, des facultés, des rectorats, des services de scolarité, qui font leur travail et qui remontent le dossier au ministère pour la validation. La DAF (directrice des affaires financières) valide, le ministre valide, et ainsi de suite. C'est seulement après que le dossier est renvoyé au ministère de l'Économie et des Finances, notamment à la direction du budget pour procéder au paiement des montants. Guinéenews© : Si nous vous comprenons bien, Monsieur le Ministre, vous voulez nous dire que cette saignée financière dans les universités publiques implique toute une chaine. Aboubacar Sidiki Koulibaky : On pourrait dire que c'est intimement lié et que c'est toute une chaine qui normalement devrait être informée de l'existence de ces fictifs parce que d'année en année, des bacheliers sont déversés dans les universités. Et donc, on pourra faire une simple comparaison du flux de gonflement des étudiants, tout en vérifiant si toutefois les effectifs avancés sont réels. Le troisième résultat, c'est l'économie que cette mission permet de réaliser aujourd'hui, parce que le même système qui est mis en place prévoyait un financement de l'ordre de 191 milliards de francs guinéens. Cette année, au titre des bourses d'entretien des étudiants sur un effectif total d'à peu près 142 mille, le contrôle montre qu'on est aux alentours d'un effectif global de 60 mille étudiants. Donc, on pourra faire une économie de 42 milliards de francs dans le budget 2012 grâce à ce contrôle. Ce n'est pas maigre comme moisson. Ces deux dernières années dans l'université publique, c'est une perte de paiement pour ces absents évalués à 83 milliards. Chaque année, nous perdons des quarantaines de milliards, alors qu'une centaine de milliards sont débloqués chaque année. Ces projections que je donne viennent du ministère de l'Économie et des Finances, qui montrent budgétairement, qu'on avait prévu cette année 191 milliards de francs, un montant représentant pour le paiement prévu au titre des bourses d'études et d'entretien des étudiants. Dans cette prévision, 91 milliards étaient destinés aux universités privées contre 100 milliards pour les universités publiques. Comme vous le voyez, pour le public seulement, nous avons fait une économie de 42 milliards parce qu'on a trouvé que 55 680 étudiants. Guinéenews© : Qu'avez-vous trouvé comme saignée financière au niveau des universités privées du pays ? Aboubacar Sidiki Koulibaky : Pour les universités privées, c'est plus complexe parce qu'on a trouvé l'apport de l'État aux universités publiques et privées n'est pas le même. Nous payons des bourses d'études pour les étudiants des universités privées. Ce qui est plus cher de payer des bourses d'études pour les étudiants des universités publiques. Dans le privé, ce sont les frais d'études que nous payons. Là, nous avons trouvé une absence de 718 étudiants sur les promotions contrôlées, notamment les 2ème et 3ème Années. Par contre, les 1ère, 4ème, 5ème et 6ème Années de la Médecine n'ont pas été contrôlées pour l'instant. Ils sont autour de cinq mille étudiants. On va vérifier. Là aussi, on a 718 fictifs et les pertes sont estimées dans l'ordre de 4, 4 milliards sur les frais d'études mais principalement sur les 3ème Année. Parce que les 2ème Années qui étaient en 1ère Années l'année dernière ne bénéficiaient pas de contrat, donc ils n'ont pas fait l'objet de paiement. Ceux qui sont en 3ème Année ont été payées, puisqu'ils sont sous contrat, deux fois de suite. Bien entendu, les inspecteurs ont travaillé pour montrer que ce paiement indu devrait être remboursé à l’État. Donc, les futurs paiements qui sont en cours pour ces universités sont défalqués des montants reprochés sur la base des absences retrouvées. Guinéenews© : A combien s'élève le montant perçu par chaque étudiant au titre du paiement des pécules Aboubacar Sidiki Koulibaky : C'est toute une grille. Ce ne sont pas les mêmes bourses pour tous. C'est catégorisé de la 1ère Année jusqu'à la fin du cycle d'étude universitaire. La grille va de 90 mille à 150 mille francs. Si vous êtes en 1ère Année, vous avez une bourse. Si vous êtes en 2ème Année, et ainsi de suite. Je pense que le système est biaisé à partir du moment où tout le monde bénéficie la bourse. A mon avis, le gouvernement devrait mener une réflexion profonde pour s'assurer que cette politique de généralisation de paiement de la bourse a un impact positif sur la qualité de l'enseignement. S'il y a une corrélation positive, on pourra prendre la décision qui s'impose. Mais s'il est démontré que c'est négatif, en ce moment, il faudrait réfléchir. On n'est pas arrivé encore à ce niveau dans notre mission mais les inspecteurs ont été instruits de réfléchir sur des recommandations pertinentes permettant au gouvernement de définir la politique de l'enseignement supérieur. Notre souci n'est pas d'arrêter la saignée financière, c'est un objectif louable certes, mais nous allons en débattre pour apporter des recommandations, qui pourront aider le gouvernement à redresser et à améliorer la qualité de l'enseignement dans notre pays. Guinéenews© : En Guinée, l'accès à l'Université vous donne automatiquement le droit d'obtenir une bourse. Est-ce qu'il ne serait pas mieux de poser des critères ? Aboubacar Sidiki Koulibaky : Je pense que les autorités de l'enseignement supérieur réfléchissent sur les meilleures stratégies. Cette mission va les aider pour faire une étude comparative avec d'autres pays. Je pense que la Guinée n'est pas le seul dans la sous-région, qui fait face au problème de floraison des universités mais la qualité de l'enseignement est primordiale parce que ce sont les futurs dirigeants que nous sommes en train de former. Il est important donc que les programmes de formations soient bien réfléchis et adaptés au marché de l'emploi. Je le dis parce que tout le monde est unanime que la qualité dans notre enseignement laisse à désirer. Les étudiants, eux-mêmes, partagent ce point de vue parce qu'ils font face à beaucoup de problèmes dans les campus, comme le manque de bibliothèques, le manque de laboratoires et le manque d'enseignement de qualité. A mon avis, la réflexion devrait être globale. Aujourd'hui, nous mettons la lumière sur un problème spécifique mais la vérité est que l'enseignement supérieur fait face à d'autres problèmes, plus complexes, plus difficiles à résoudre. Avec le temps, je pense que le gouvernement parviendra certainement avec l'appui des partenaires à définir une meilleure politique de l'enseignement supérieur qui est alliée au besoin du marché. On ne fait pas des études supérieures pour rester à la maison mais pour être productif et participer à la création des richesses d'emploi pour le développement de son pays. Guinéenews© : Votre mission de contrôle a-t-elle pu vérifier, par exemple, l'exécution réelle de tous les postes comme les titres de stage en matière de santé ? Aboubacar Sidiki Koulibaky : C'est une question intéressante parce que la mission a décelé par exemple que dans la bourse certains montants doivent être payés au titre des frais médicaux pour les étudiants. On ne sait pas comment cela se passe dans les universités. Je vous ai dit tantôt que notre mission s'est focalisée sur l’existence des effectifs et leur implication financière. Mais cette découverte montre aussi que la mission doit aller en profondeur pour s'assurer quelle est la politique sociale au sein de chaque université. Est-ce que l'argent mobilisé comme frais médicaux des étudiants n'est-elle pas détourné ? C'est important de le savoir. Parce que la politique sociale voudrait que tous les guinéens bénéficient d'un traitement si on en a la possibilité. Si l'argent est mobilisé au titre des frais médicaux ou au titre des stages, il est important de revoir université par université quelle utilisation a été faite de tous ces montants déboursés. Cela s'explique au titre de la problématique de l'examen du budget et fonctionnement des universités. Au-delà de ces frais, l’État paie beaucoup d'argent pour le fonctionnement des universités, en termes de consommables, en termes d'infrastructures. Tout ceci devrait être bien clarifié pour que l’État puisse voir sa part de responsabilité dans la qualification de l'enseignement supérieur. Guinéenews© : La mission de contrôle est en cours. Peut-on s'attendre à d'autres révélations au terme des investigations ? Aboubacar Sidiki Koulibaky : Bien évidemment, nous sommes dans un processus dynamique. Il est important que les détails soient donnés au terme de la mission pour édifier les populations, les partenaires, le gouvernement lui-même, sur ce qui se passe dans chaque université. C'est de cette façon que des solutions appropriées pourront être prises. Mais dors et déjà, je peux vous assurer que le gouvernement a pris des dispositions, sur instruction du Président de la République, de mettre en paiement rapidement les bourses d'entretien des étudiants pour le trimestre passé pour soulager les étudiants en difficultés afin qu'ils puissent se concentrer sereinement sur leurs études. Avant tout, ils ne sont pas responsables du problème dans lequel ils se trouvent mais au contraire, c'est un problème d'encadrement. Donc, on ne peut pas les affecter par une décision quelconque. Mais dans le privé, c'est différent. Parce qu'il y a un fondateur, une administration. Les frais d'étude sont payés à eux. Et comme leurs universités sont soumises à un protocole d'accord avec le ministère de l'enseignement supérieur, il est important que le paiement des fictifs soit défalqué. On ne décaisse pas le montant correspondant aux fictifs. C'est dire que pour ces universités privées, c'est plus facile mais en revanche pour les universités publiques, évidemment, c'est plus compliqué parce que ce sont les frais d'étudiants qui ne sont même pas présents. Néanmoins, le gouvernement prend des dispositions pour approfondir les investigations spécifiques, université par université, pour situer les responsabilités. Je vous ai expliqué que c'est une chaine. La chaine, chacun a sa part de responsabilité. Et il faudrait situer ses responsabilités. Je rappelle que le gouvernement, pour mieux assainir la bonne gouvernance dans ce secteur a décidé de mettre en place pour chaque université un conseil d'administration, parce que ce sont des établissements publics. Ce Conseil sera une structure de surveillance de la gestion pour s'assurer que les orientations sont suivies, que la politique de gestion est effective, que la qualité des cours est respectée. Parce qu'il n'y a pas de Conseil d'Administration dans aucune université. Ce qui est inconcevable. L'autre chose qui me parait importante, je pense que lorsque des investigations sont menées, c'est pour dire que les montants indument payés, les responsabilités seront partagées. On mettra en recouvrement ces montants auprès des personnes mises en cause. Guinéenews© : Votre contrôle s’intéressera-t-il aussi aux bourses des guinéens de l'étranger. Nous le demandons parce que le ministre de l’Économie, Kerfalla Yansané, nous a dit que des fictifs sont décelés à ce niveau ? Aboubacar Sidiki Koulibaky : La problématique des étudiants guinéens de l'étranger est beaucoup plus complexe et réelle. Le gouvernement a été saisi de ce dossier, des missions de contrôle du ministère de l’Économie et des finances sont même envoyées à l'étranger pour procéder à des vérifications. Les pays où on a un contingent important d'étudiant comme le Maroc pour voir les effectivités de ces étudiants. Parce que le numéro vert 147 que nous avons mis ici nous a permis d'entendre beaucoup de dénonciations sur les bourses des étudiants guinéens de l'étranger. Il y avait des fictifs qu'on continuait de payer. Nous avons été saisi de cette question. Les missions ont été dépêchées sur les lieux pour faire un contrôle physique des étudiants et on paie sur cette base. Mais le souci du gouvernement est de s'assurer que partout où les étudiants se trouvent soient payés. Ceci pour éviter qu'ils tombent malheureusement dans des situations de débrouillardise pour arrondir les angles. Ce qui peut impacter négativement dans leur formation. Notre devoir est d'assurer leur protection sociale nécessaire. Guinéenews© : Dans le passé, tout ministre qui s'occupe des audits était souvent l'objet de pressions, de menaces et de délations. En êtes- vous victimes, Monsieur le Ministre, dans l'exercice de vos fonctions ? Aboubacar Sidiki Koulibaky : Le monde n'est jamais facile. Cela fait partie des risques du métier. A partir du moment où vous avez accepté la charge, les contraintes vont avec. Ces menaces, ces délations, dont vous parlez, on doit pouvoir les gérer. Mais la vérité est que nous travaillons de manière transparente et ouverte. C'est pour cette raison que je suis en train de me prêter à vos questions et aux questions d'autres journalistes. Tout ceci pour montrer ce que nous faisons pour que vous soyez témoins demain. Quand ont est chargé du contrôle dans un pays où la corruption est endémique, on ne peut pas s'attendre à être l'ami de tout le monde mais l'ennemi des gens qui sont dans le système. C'est un problème de système. Le système réagit de manière disproportionnée et violente à mes dénonciations. Je pense que je jouis de beaucoup de soutien, notamment du Chef de l’État, de la presse, qui fait un travail remarquable. Je pense qu'il faut continuer dans ce sens. Il ne faut pas accepter que les ressources de notre pays soient dilapidées. Guinéenews© : Nous sommes au terme de notre entretien, Monsieur le Ministre, votre dernier mot Aboubacar Sidiki Koulibaky : Je demande un soutien de la part de tous les guinéens pour que le changement pour lequel nous nous sommes tous engagés, quelque soit l'appartenance politique, se réalise enfin en Guinée. Notre bien public doit être géré dans l'intérêt de tous. Je demande à tous compatriotes de l'étranger d'aller sur notre site pour faire des dénonciations et des témoignages et nous aider dans le combat difficile et complexe qui est la lutte contre la corruption et l'impunité en Guinée. Interview réalisée par Abdoulaye Bah et Serge Lamah   Guinéenews ©
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