Alpha Condé déclarait le samedi 2 juin 2012 : « J’ai patienté 15 mois, j’ai observé. Au début, les gens disaient, faites attention, il va frapper. Aujourd’hui, ils disent qu’il ne fera rien jusqu’aux élections législatives. Alors, ils vont être surpris. Je vous garantis que la semaine prochaine, je vais balayer beaucoup de cadres aux Finances, au Budget, à la Banque, à la Fonction publique. Tous les cadres qui sont coupables de vol, non seulement ils vont être radiés, mais ils vont être condamnés sévèrement. Pendant que le peuple serre la ceinture, souffre, eux, ils veulent piller la Guinée. Comment on peut imiter la signature du ministre des Finances pour aller sortir 13 milliards à la Banque Centrale. Alors, la mafia organisée aux Finances, au Budget, à la Banque centrale, à la Fonction publique, on va les couper la tête la semaine prochaine. Les élections législatives, ce n’est pas ma préoccupation. Le peuple jugera en fonction des résultats. Donc, si des gens croient qu’ils ne peuvent pas être frappés jusqu’aux élections législatives, ils vont être surpris la semaine prochaine. Beaucoup disent, ah ! Il faut voler maintenant, après les élections législatives, il va frapper. Mais je vais frapper avant les élections législatives, dès la semaine prochaine. J’ai dit que je préfère des jeunes cadres inexpérimentés honnêtes à des cadres expérimentés voleurs. Les gens croient que c’est des mots. Attendez d’ici dimanche prochain vous verrez les décisions. Je vais commencer d’abord par cette mafia. Mais aussi nous allons surveiller la gestion de tous les ministres. Tout ministre dont la gestion sera contraire à notre idéal, partira du gouvernement. Il ne faut pas que les gens pensent qu’il n’y aura pas de remaniement avant les élections législatives. Ceux qui pensent cela se trompent ! » On s’attendait à un tsunami, on a eu droit une tempête dans un verre d’eau. Alpha Condé dans une diatribe enflammée a annoncé qu’il coupera des têtes d’ici le dimanche 10 juin. Deux semaines après cette déclaration, il n’ya eu que dalle ! En lieu et place du remaniement ministériel annoncé, le professeur de droit Alpha Condé a trivialisé son pouvoir décrétal en révoquant de simples plantons ou autres secrétaires de direction par …un décret. Une décision interne des chefs hiérarchiques de ces lampistes aurait suffi. Pire et fait unique et inique dans les annales du droit : un chef d’une entreprise privée a été révoqué par décret. Pour autant, la plus grande déception de ce décret est ailleurs. En effet, l’ « acte du pouvoir central » pris pour révoquer neuf personnes soulève plus de questions que de réponses. Comment peut-on sanctionner seulement la secrétaire particulière du gouverneur de la banque centrale et laisser ce dernier alors que la seule signature falsifiée dans toute l’histoire est celle du ministre des finances ? Ce qui revient à dire que l’indispensable signature du gouverneur pour tout décaissement à la banque centrale était inéluctablement authentique. La secrétaire paie ainsi à la place du patron, Alléluia ! La promesse n’est pas tenue, mais presque. L’honneur du président est quasi sauf. Tant pis pour ceux qui s’attendaient à la guillotine présidentielle, ils n’auront même pas le scalp, ils se contenteront de la tondeuse… Plus sérieusement, la question aujourd’hui est de savoir si Alpha Condé est le vrai commandant de bord. Ecartelé entre les coordinations de la Basse Côte, de la Guinée forestière et de la Haute Guinée, Alpha Condé ne boxe même pas avec des gants : il caresse dans le sens du poil. Toutes les fois qu’une décision devrait concerner une figure importante de ces trois régions et que les coordinations se fussent impliquées, le président de la République n’a pas pu trancher. C’est ainsi que la coordination du mandingue l’obligea à rapporter son décret qui démettait l’actuel directeur général de la compagnie nationale de télécommunications Sotelgui. De même, c’est la coordination de la forêt qui l’empêcha de prendre des sanctions contre le ministre de l’agriculture Jean Marc Telliano alors qu’il avait lui-même accusé publiquement ce ministre de surfacturation des engrais et herbicides lors de la campagne agricole de 2011. C’est grâce à l’influence confluente des coordinations de la forêt et du mandingue que Lounceny Camara tient encore à la tête de la Commission électorale nationale indépendante CENI….. Démettre les plus hauts responsables des finances et à la banque centrale pourrait certainement faire des vagues dans la coordination de la Basse-Côte et celle du mandingue dont Alpha Condé voudrait se passer, à quelques mois des élections législatives. Mais en ne sévissant pas, Alpha Condé aura trahi le crédo de changement qui l’a fait élire, en perpétuant l’impunité qui est la véritable cause de la ruine de la Guinée. |