Il s'agit d'un blog qui s'intéresse au devenir du continent Africain. D'où la prospective avant la proposition.
22 Août 2009
Il n’est pas nécessaire de s’étendre longuement sur l’état de régression généralisée, faute de croissance soutenue, dans lequel se trouve la plupart des pays africains au sud du Sahara particulièrement ceux appartenant à la zone d’influence française. En effet l’Afrique représente aujourd’hui moins de deux pour cent (2%) du commerce mondial. En deçà de ce qu’elle représentait dans les années soixante dix. Pour mémoire les pays africains étaient au même niveau de développement dans les années soixante que la plupart des nouveaux pays industrialisés (N.P.I.) ainsi que l’Inde.
Depuis une quinzaine d’années, l‘ «Afro pessimisme ambiant » est de mise dans les relations du continent avec les pays européens. Ainsi progressivement, les opérateurs économiques français se sont retirés de la plupart des pays africains à l’exception de quelques enclaves économiques. L’Afrique était devenue économiquement non rentable.
Les échanges sud-sud sont pratiquement inexistants sans parler du commerce inter africain qui aurait pu pousser les économies de ces pays à s’intégrer.
A ce stade, nous pouvons affirmer, sans risque de nous tromper, qu’un demi-siècle de coopération nord-sud n’ont pas donné les résultats escomptés. Il n’y a qu’à voir l’état dans lequel se trouvent les pays d’Afrique noire en général et les vagues de jeunes désœuvrés et sans perspective d’avenir qui bravent les océans à la recherche d’un paradis chimérique.
Nous allons nous limiter essentiellement aux rapports de coopération entre Etats. Sans minimiser l’invasion des chinois dans le domaine de l’économie informelle des pays, car nous estimons que cela relève d’une politique d’immigration classique. C’est aux autorités nationales de chaque Etat de prendre leur responsabilité dans ce domaine.
Comme vous le savez, plus que quiconque que « la nature a horreur du vide. »
Pourquoi donc cette percée fulgurante de la chine sur le continent ?
La coopération entre l’Afrique et la chine date des années soixante. Elle survivait tant bien que mal jusqu’à ces dernières années.
La chine connaît depuis plus de cinq ans une croissance à deux chiffres (plus de 10%) avec tout ce que cela comporte de besoins en consommation de matières premières minérales et minières. Avant la crise financière, c’est la Chine qui tirait l’économie mondiale vers le haut alors que l’Europe elle-même peinait à atteindre 2,5% de croissance annuelle.
Par ailleurs l’Afrique a des besoins de financement de son développement dans tous les secteurs économiques et sociaux mais surtout dans le domaine des grands travaux d’infrastructures (routes, stades, hôpitaux, écoles, etc..).
Nous assistons donc à la rencontre de deux besoins complémentaires. Il s’agit d’une adéquation entre un besoin de produits du sous-sol africain et une demande de financement et/ou de réalisation de travaux d’infrastructure.
La chine a impulsé un nouveau type de coopération basé essentiellement sur les aspects économiques, s’interdisant de s’immiscer dans les affaires intérieures des états partenaires. D’où les critiques qui lui sont adressées dans l’affaire de la guerre du Darfour. Il s’agit d’un partenariat d’un nouveau genre.
Souvenez vous du sommet Sino Africain de pékin en 2006, avec à la clé une annulation de dette d’une valeur de 3 milliards de dollars américains et des dons, notamment 150 millions de dollars pour le siège de l’Union Africaine à Adis Abeba. Le Président chinois Hu Jin Tao en est à sa troisième tournée africaine.
Nous avons relevé ici et là beaucoup de critiques aussi bien des occidentaux que des africains au sujet de la qualité médiocre des produits chinois en général, la main d’œuvre locale pas suffisamment employée, le non respect ou la non prise en compte des droits de l’homme, etc..
Il y a de tout dans une coopération. C’est à l’Afrique d’être exigeante aussi bien sur la qualité des produits qu’elle reçoit que sur un quota d’utilisation d’une main d’œuvre locale pour les contrats signés, ainsi que la formation des agents locaux.
Pour ce qui est de l’argument du désintérêt de la chine pour le respect des droits de l’homme dans les pays avec lesquels elle coopère, nous ferons simplement remarquer qu’il ne faut pas attendre uniquement de l’extérieur la défense de nos libertés fondamentales. Les sociétés civiles doivent se prendre en charge dans ce domaine.
Les conseillers n’étant pas les payeurs, ceux qui de l’extérieur nous dissuadent de commercer avec la chine ne se privent pas de le faire dès que l’occasion se présente. J’en veux pour exemple, le cas de la France qui a signé plusieurs contrats commerciaux d’une valeur de plus de 20 milliards d’euros lors de la visite du président Nicolas Sarkozy en chine tout en abordant sommairement la question des droits de l’homme.
Près de cinquante ans de coopération avec l’occident n’ont pas fait beaucoup avancer la cause de la démocratisation des pays africains. Pire, la plupart des dictateurs-affameurs de leurs peuples ont été soutenus jusqu’au bout par l’ancienne puissance colonisatrice.
Nous n’avons nullement l’intention de prendre parti pour un type de coopération par rapport à un autre. Il est simplement question de voir objectivement ce qui peut être bon pour les pays Africains dans leur processus de développement et dans la jungle que constitue la scène économique internationale.
La diversification des partenaires économiques est rendue nécessaire par la recherche d’une certaine efficacité économique au service du développement. L’adage populaire dit bien qu’ « il ne faut jamais mettre tous ses œufs dans le même panier ».
La concurrence économique entre les partenaires de l’Afrique impliquera forcément un meilleur rapport qualité/prix dans leurs transactions. L’exemple du Niger avec la société française Areva dans l’exploitation de l’uranium en est une belle illustration.
Nos décideurs politiques ne doivent se laisser guider que par l’intérêt de nos pays en ayant présent à l’esprit le principe suivant : « Les Etats n’ont pas d’amis mais des intérêts à défendre ».
Avec La mutation de la crise financière en crise économique et « nécessité faisant loi », les transferts financiers vers l’Afrique se faisant de plus en plus rares, les règles de bonne gouvernance dans le domaine de la coopération internationale s’imposent d’elles mêmes.
Pour finir, les pays Africains doivent exiger et obtenir de la chine, des transferts de technologies qui constitueront à coup sûr le moyen le plus efficace d’accéder au savoir, au savoir faire, à l’apprentissage et à la technologie pour le développement tant souhaité de ces contrées.
Aboubacar Fofana
Economiste
Président du Club DLG.
Paris le 29 novembre 2007.