ALGÉRIE - Des centaines de travailleurs algériens et une quarantaine d'étrangers dont des Français ont été pris en otages mercredi 16 janvier par un groupe lié à Al-Qaïda sur le site d'In Aménas, dans le centre-est de l'Algérie. L'Algérie, qui a ouvert son espace aérien à la France pour son intervention au Mali, a donc été la cible de représailles avec cette spectaculaire prise d'otages menée par un groupe islamiste armé sur un site gazier. L'attaque a débuté mercredi à l'aube sur un site exploité par l'entreprise nationale Sonatrach avec les compagnies britannique British Petroleum et norvégienne Statoil à Tigantourine, à 40 km d'In Aménas, non loin de la frontière libyenne.

Un assaut qualifié de dénouement "dramatique" par François Hollande et mené par les forces spéciales de l'armée algérienne pour libérer les otages a pris fin jeudi soir, selon la préfecture régionale citée par l'agence nationale APS. Aucun bilan sur cette opération n'a été donné de source officielle. Le ministre de la Communication Mohamed Saïd avait annoncé deux heures plus tôt que plusieurs personnes avaient été tuées lors de l'opération et de nombreux otages libérés.

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Selon le ministre, cette attaque est l'oeuvre d'une "multinationale terroriste qui vise à impliquer" l'Algérie dans le conflit malien, "déstabiliser" l'Etat algérien et "détruire son économie" qui tire son financement des recettes des hydrocarbures. Le groupe ayant revendiqué la prise d'otage a indiqué notamment dans un communiqué qu'il agissait en représailles à l'intervention contre les islamistes armés au Mali par l'armée française. Plusieurs grandes puissances, dont des ressortissants se trouvaient sur le site, ont critiqué l'opération de l'armée algérienne ou exprimé leur vive inquiétude.

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11h31 – Aujourd'hui
Une image des otages et des ravisseurs
in amenas otages

Une photo diffusée à la télévision algérienne le 19 janvier montrerait des otages entourés de leurs ravisseurs armés.

La presse a salué dimanche la "fermeté et le courage" des militaires algériens face à l'attaque islamiste contre un important complexe gazier du Sahara algérien, rejetant toute critique de l'étranger sur le déroulement de l'opération.

"Contre un ennemi déterminé et fanatique, il fallait de la fermeté et du courage", clame l'éditorialiste du quotidien francophone El-Watan.

L'assaut donné samedi contre le site de l'usine "doit être perçu comme une réponse ferme et sans appel de l'Etat algérien à tous les groupes terroristes qui sévissent dans la région du Sahel, qui seraient tentés de rééditer ce genre d'opération sur le sol algérien", avertit-il.

"C'est une véritable guerre que vient de remporter notre armée à In Amenas", juge un autre journal francophone, L'Expression. "Repoussé du Mali, neutralisé en Algérie, le terrorisme est aux abois. On sait combien une bête blessée peut faire mal", ajoute-t-il.

"A In Amenas, l'Algérie vient de faire l'éclatante démonstration de son courage face au terrorisme", renchérit l'éditorialiste du quotidien Liberté (francophone).

Un bilan provisoire fait état de 23 personnes tuées parmi les employés du site, mais il risque de s'alourdir, a averti dimanche matin le ministre algérien de la Communication Mohamed Saïd.

Evoquant les critiques de dirigeants étrangers sur la gestion de la crise par Alger, le journal les qualifie de "cris d'effroi de certaines vierges effarouchées et de commentaire à la carte des professionnels de l'indignation".

La France n'a fait que rendre l'ascenceur

"Les Algériens n'ont accordé aucune importance aux critiques", clame de son côté le quotidien populaire arabophone Echorouk, un des deux plus forts tirages du pays.

"Même la France, qui a fait preuve de compréhension envers le comportement de l'Algérie n'a, en fait, que rendu l'ascenseur pour la compréhension algérienne de son intervention au Mali", ajoute Echorouk.

Le président français François Hollande a estimé que l'Algérie avait eu "les réponses" les "plus adaptées" car "il ne pouvait y avoir de négociation" avec les preneurs d'otages. Alger a autorisé les avions de chasse français à survoler son territoire pour se rendre au Mali.

Une discussion sur l'échec sécuritaire pour de tels sites

Son concurrent direct, El-Khabar, libéral, se demande ce "que le monde attendait de l'Algérie, face à un groupe terroriste qui occupait un des plus grands sites d'hydrocarbures, qui représente le pain des Algériens".

"Il n'y a aucune discussion possible sur la justesse de la décision algérienne", tonne-t-il.

En revanche, "il y a une grande discussion à mener sur l'échec sécuritaire pour protéger les sites pétroliers", dit-il. Les responsables doivent expliquer "comment une poignée de terroristes a pu pénétrer dans une base pétrolière pleine d'étrangers".

Vingt-cinq corps d'otages ont été découverts dimanche par les forces spéciales algériennes qui sécurisaient le site gazier du Sahara où s'est déroulé jusqu'à samedi une spectaculaire prise d'otage menée par des islamistes, a-t-on appris auprès de la télévision privée algérienne Ennahar.

Interrogé par l'AFP, son patron Anis Rahmani a précisé qu'il s'agissait "des corps de 25 otages", citant une source sécuritaire. Alger avait fait état samedi de la mort de 23 personnes dans l'attaque, outre 32 asaillants tués par l'armée.