Samedi 5 novembre 2011 6 05 /11 /Nov /2011 21:24



Des Canadiens prêts à débloquer 30 milliards de dollars dans le secteur minier en Guinée
PANA

Des investisseurs canadiens, représentant 19 sociétés, se sont engagés, mercredi, à Conakry, à débloquer prochainement une enveloppe de 30 milliards de dollars américains pour renflouer le secteur minier guinéen, à l'issue d'une audience avec le président Alpha Condé, rapporte la télévision publique.

Les patrons canadiens, qui avaient rencontré récemment le président guinéen à Québec où il participait à une réunion avec des investisseurs d'Amérique du Nord, ont assuré qu'ils allaient débloquer en dix ans une enveloppe annuelle de 3 milliards de dollars américains pour participer au développement du secteur minier.

Ils ont également indiqué qu'ils allaient décaisser d'importants moyens destinés aux secteurs de l'énergie et des infrastructures qui continuent d'enregistrer des arrivées de plusieurs sociétés d'Asie, d'Afrique, des Amériques et d'Europe.

Des investisseurs canadiens sont déjà présents dans les secteurs de l'or, du fer, de la bauxite dont plusieurs études estiment que la Guinée constitue le plus important réservoir mondial de cette matière convoitée par plusieurs investisseurs étrangers.

Le gouvernement guinéen a fait adopter récemment par le Conseil national de transition (CNT-organe consultatif) un nouveau code minier qui accorde à l'Etat une participation de 15 pour cent dans le capital de toutes les entreprises minières


Par Aboubacar Fofana - Publié dans : Economique
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Mardi 1 novembre 2011 2 01 /11 /Nov /2011 23:50

Ce que la Chine veut obtenir en sortant l'Europe de l'ornière

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billet de 100 yuans en perles, par l'artiste Liu Zheng (P.Haski/Rue89)

L'Europe a-t-elle sacrifié son indépendance en se tournant vers la Chine pour sauver la zone euro, comme l'ont affirmé aussi bien François Hollande que François Bayrou ou Daniel Cohn-Bendit ? La question mérite d'être posée en termes moins simplistes.

Hu Jintao, le numéro un chinois, n'a sans doute pas pu s'empêcher d'avoir un grand moment de jouissance lorsque Nicolas Sarkozy l'a appelé, jeudi, pour l'informer des résultats du sommet européen de Bruxelles.

Son objectif ? Accorder un répit à la Grèce et au delà, à la finance mondiale, en incitant son interlocuteur à investir dans le Fonds européen de stabilité financière (FESF). Le même Sarkozy qui lui donnait des leçons il y a trois ans sur le Tibet, et s'affichait avec le dalaï lama, la bête noire de Pékin.

Dès jeudi soir, le président du FESF, Klaus Regling, arrivait à Pékin pour des entretiens avec les officiels chinois. Et, selon le Financial Times de vendredi, la Chine pourrait investir 35 à 70 milliards d'euros, voire plus, dans le FESF. A quel prix ?

1

Obtenir des contreparties tous azimuts

 

Les échanges publics sont polis et vagues. Mais qui peut croire que la Chine ne posera pas ses conditions, explicites et implicites, pour l'octroi de cette aide dont l'Europe, affaiblie, a cruellement besoin. On peut évoquer :

  • L'octroi du statut d'économie de marché à la Chine. Pékin doit obtenir ce statut en 2016 selon les termes de son adhésion à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), mais demande que la date soit avancée.

    L'Union européenne a jusqu'ici refusé, car ce statut offrirait de meilleures garanties d'accès aux produits chinois sur le marché européen, en les mettant à l'abri de clauses antidumping.

  • Arrêt des pressions sur la valeur du yuan, la monnaie chinoise, dont la sous-évaluation est régulièrement dénoncée à Washington comme à Bruxelles.
  • Plus de rigueur dans la gestion des économies européennes, sous contrôle du FMI.
  • Arrêt des pressions sur les sujets politiques sensibles pour Pékin comme les droits de l'homme en Chine, le Tibet, Taïwan, etc.
  • Levée de l'embargo européen sur les ventes d'armes à la Chine : promis par Jacques Chirac et Gerhard Schröder, la levée de cet embargo, héritage du massacre de Tiananmen en 1989, s'est heurté à l'absence de consensus européen. Pékin le vit comme une humiliation.

Les conclusions du sommet signalent le renversement du rapport de force mondial : la vieille Europe, berceau de l'industrialisation et des empires coloniaux, appelle désormais à la rescousse les « émergents », c'est-à-dire l'ancien monde colonisé (Inde, Brésil, Chine...) pour sauver ses économies.

Le prix à payer pour l'Europe : un rapport de force moins favorable face à la nouvelle puissance chinoise, dans les dossiers qui fâchent : importations chinoises ou conceptions divergentes de la gouvernance du monde (comme l'a montré le récent veto chinois et russe sur la Syrie au Conseil de sécurité de l'ONU).

C'est ce qu'a dit François Hollande, le candidat du PS, lors de son passage sur TF1 :

« Peut-on penser que le fait de se mettre, ne serait-ce qu'en partie, entre les mains de ces nations avec lesquelles nous avons par ailleurs à négocier sur le front monétaire et commercial nous mettra en capacité d'obtenir des résultats positifs pour l'Europe ? »

C'est ce que dénonce également l'eurodéputé Vert Daniel Cohn Bendit, qui regrette qu'au lieu de « communautariser » une partie de la dette des pays de la zone euro, on a préféré une « solution chinoise » (et russe). « Politiquement vous vous mettez dans la main de la Russie et de la Chine », a-t-il dit sur BFM-TV.

Daniel Cohn\-Bendit critique le recours à la Chine

Sujet diffusé par BFM-TV

Hubert Védrine, l'ancien ministre des Affaires étrangères de Lionel Jospin, explique le nouveau rapport de force au Figaro en termes plus policés :

« Dans la mondialisation, il y a les mondialisateurs et les mondialisés. Les Occidentaux ont perdu le monopole de la puissance, de la richesse, de l'influence, de la décision. Il faut partager avec d'autres. »

2

Ne pas refaire les mêmes erreurs qu'avec les Etats-Unis

 

Du point de vue chinois, les choses ne sont pas simples non plus.

La Chine a investi environ la moitié de ses 3 200 milliards de dollars de réserves en devise américaine, dont une bonne partie en bonds du Trésor américain. Elle l'a fait :

  • pour placer les liquidités dues à son colossal excédent commercial,
  • pour donner des gages aux Etats-Unis inquiets de l'émergence de la puissance chinoise, et ainsi éviter une nouvelle « guerre froide ».

Ce faisant, la Chine a financé le déficit américain, comme le Japon l'avait fait avant elle, et s'est retrouvé sans recours lorsque la crise des « subprimes » a frappé en 2008, et menacé tout l'édifice de l'économie américaine.

La Chine n'investira pas dans les mêmes conditions pour renflouer l'Europe : elle exigera un maximum de garanties sur la réduction de la dette des pays de la zone euro, et sur la réduction des déficits.

Ironiquement, Pékin a créé sa propre agence de notation, qui a déjà privé en 2010 la France de son mythique AAA...


 

Cet été, déjà, Pékin avait sermonné les Américains sur leur incapacité à gérer convenablement la question de leur dette, alors que la Maison Blanche et le Congrès s'opposaient sur le relèvement du plafond de la dette américaine.

Les Chinois ne supportent pas l'incertitude, et les Européens, de leur point de vue, évoluent dans une zone grise.

En 2007, la Chine avait ainsi défini sa politique de réserves :

« Nous recherchons la stabilité, la liquidité et le retour sur investissement et nous avons une politique stratégique à long terme. »

La zone euro, telle qu'elle est, répond-elle à ces critères ?

3

Ne pas alimenter la surenchère nationaliste en interne

 

C'est un fait méconnu en Europe, mais le pouvoir chinois doit faire face à une surenchère nationaliste, interne mais aussi extérieure au parti communiste, qui a lancé de vives critiques contre l'équipe dirigeante pour avoir investi en bons du trésor américains.

Très active sur le Web, cette aile nationaliste considère que la Chine doit utiliser ses ressources à régler ses problèmes de développement, plutôt qu'à financer le déficit des Américains, a fortiori celui des Européens sans enjeu stratégique.

Dans le Financial Times, Li Daokui, membre du Comité monétaire de la Banque centrale chinoise, le dit clairement :

« Le principal souci du gouvernement chinois est de savoir comment expliquer cette décision au peuple chinois. »

Le débat avait très chaud en 2007-2009, lors de la crise des subprimes. Le gouvernement a dû faire face à la surenchère d'une aile nationaliste.

En 2007, deux économistes chinois liés au parti communiste avaient semé l'effroi en menaçant d'employer « l'arme nucléaire » monétaire : mettre sur le marché les réserves chinoises en dollar.

Ils avaient très vite été désavoués par Pékin, mais leur message était passé. Des gens haut placés dans l'appareil du pouvoir chinois réfléchissent à de tels scénarios catastrophes.

Et ils ne risquent pas de se calmer lorsque le Congrès américain menace régulièrement la Chine de déclencher la guerre des monnaies, ou quand leur parvient les échos antichinois des campagnes électorales aux Etats-Unis, ou en France.

En répondant à l'appel à l'aide de l'Europe, Pékin devra en permanence vérifier si l'opinion publique – qui se fait entendre sur Internet malgré la censure –, n'y voit pas la répétition de l'« erreur du dollar ».

Un blogueur, Songhzhe, cité par le New Yorker, sonnait ainsi l'alarme sur Weibo, le site de microblogging chinois :

« Pourquoi devons-nous une nouvelle fois donner ce que nous avons gagné par le fruit de notre sang, de notre sueur et de nos larmes, à ces riches et paresseux Européens ? »

4

Accéder librement à la technologie

 

Si la Chine est prête à participer avec modération au plan européen de sauvetage de la zone euro, c'est évidemment afin de sauver le premier marché au monde pour ses produits. Mais c'est aussi pour ouvrir plus grand la porte à ses investissements.

Depuis une décennie, les entreprises chinoises tentent de rattraper leur retard à la fois en investissant plus que leurs concurrents dans la recherche et le développement, mais aussi en rachetant des entreprises disposant de technologies de pointe.

Dans la course aux brevets, Pékin s'est heurté, aux Etats-Unis, à des blocages politiques. Que ce soit dans la technologie ou dans l'énergie, les tentatives de rachat d'entreprises américaines par les Chinois ont souvent été bloquées, à l'exception notable de la branche PC d'IBM, vendue à Lenovo.

Dans ses rapports avec l'Europe, la Chine espère qu'il en ira différemment : elle sait que les Européens sont affaiblis et en ordre dispersé. Les investissements chinois, encore modestes, sont déjà en augmentation de 50% cette année, pour atteindre quelque 5,6 milliards d'euros.

Attendez-vous donc à plus de rachats d'entreprises de pointe européennes par les Chinois, sauveurs providentiels de secteurs en difficulté.

Le hasard a fait que le jour même où l'Europe se tournait vers Pékin, un consortium chinois concluait le rachat pour à peine 100 millions d'euros du constructeur automobile suédois Saab, en faillite financière mais disposant d'une marque et d'un savoir-faire reconnus. Saab rejoint l'autre suédois Volvo et le britannique Rover dans le giron d'une industrie automobile chinoise ambitieuse.

Avec l'accord de Bruxelles, la « diplomatie du carnet de chèques » chinois pourra se déployer sans entraves dans une Europe affaiblie et ouverte.

Les optimistes y verront une nouvelle étape de la mondialisation dans laquelle la Chine prendra toute sa place de grande puissance sans pour autant viser l'hégémonie. Les pessimistes, nombreux, y verront la fin de la capacité de l'Europe de peser sur un monde dans lequel elle représente pourtant l'un des pôles majeurs.

Par Aboubacar Fofana - Publié dans : Finance
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Mardi 1 novembre 2011 2 01 /11 /Nov /2011 01:19

Développement

Sortir du cycle infernal du surendettement

Par Agnès Rousseaux (8 septembre 2009)

Subprimes, produits toxiques… La crise financière a fait oublier une crise plus ancienne : celle du surendettement des pays dits « en développement ». Un surendettement - et ses créances pourries - contracté par des dictatures ou imposé par des institutions néo-libérales qui a engendré chômage, misère, abandon des politiques sociales et éducatives ou problèmes écologiques. L’Equateur, gouverné par la gauche depuis trois ans, a décidé unilatéralement d’annuler une partie de cette dette jugée « illégitime » et « odieuse ». Explications.

 

Évoquer la dette des pays dits « en développement », c’est entrer dans un univers de démesure et de non-sens. Les chiffres font peur, à l’image de la situation qu’ils illustrent. Le montant de cette dette était de 70 milliards de dollars en 1970. Il a grimpé en 2007 à 3 360 milliards de dollars. Une augmentation exponentielle qui mine les économies de ces pays en développement, complètement accaparés par le remboursement des emprunts et de leurs intérêts. Selon le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde (CADTM), « les Pays en développement ont remboursé l’équivalent de 102 fois ce qu’ils devaient en 1970, mais entre temps leur dette a été multipliée par 48 ». Cette situation entraîne une dépendance vis-à-vis des créanciers et déstructure l’économie de pays embourbés dans cette spirale infernale.

C’est le cas de l’Équateur, qui consacrait en 2005 environ 40 % de son budget annuel à rembourser sa dette extérieure publique. Et cela au détriment de dépenses sociales, éducatives, sanitaires, dont le pays aurait tant besoin [1]... Aujourd’hui, 80 % de la population équatorienne vit avec moins de 2 dollars par jour. L’adoption du dollar et l’abandon de la monnaie nationale, en 2000, a provoqué la faillite de milliers de petites entreprises, concurrencées par des importations fortement subventionnées. Depuis plusieurs décennies, les conditions de vie se sont détériorées : accroissement de la pauvreté, problème de dénutrition chronique pour 50 % des enfants, augmentation du chômage... Entre 1970 et 2005, le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté est passé de 40 % à 61 %.

A ces régressions économiques et sociales s’ajoutent des impacts environnementaux. Pour pouvoir respecter les remboursements de la dette, la surexploitation des réserves pétrolières a été encouragée, sans que cela ne serve au développement du pays. Déforestations, pollutions des eaux, déplacements de population : les dommages causés sont évalués à 50 fois le montant de la dette ! Et à ce rythme, dans 25 ans, les réserves seront épuisées. Pour ces raisons, le gouvernement de gauche dirigé par le Président Rafael Correa, élu en 2006, a entrepris une initiative originale pour enrayer le cycle infernal de la dette.

Quand les emprunts servent à licencier, à privatiser et à détruire l’environnement

En 30 ans, la dette de l’Équateur est passée de 240 millions de dollars à 16 milliards. La dictature puis les gouvernements néo-libéraux l’ont multiplié par 66 ! Sans que les populations en bénéficient. Mais à quoi donc a servi l’argent emprunté ? Pour le savoir, Rafael Correa a lancé un audit. Une commission nationale, épaulée par des experts internationaux, dont le CADTM, a travaillé pendant plus d’un an à décortiquer les emprunts successifs et leur utilisation. L’audit a été remis en septembre 2008 et ses conclusions sont sans appel : la commission a mis en évidence le caractère illégitime d’une grande partie de la dette publique de l’Équateur.

C’est tout d’abord la « dette odieuse », contractée par le régime dictatorial entre 1968 et 1979, qui entraîne la pays dans une mauvaise pente. Puis la décision unilatérale des États-Unis d’augmenter les taux d’intérêt [2] en 1979. Quelques années plus tard, la crise financière du secteur privé (liée aux dévaluations de la monnaie nationale) oblige l’État à un « sauvetage » du secteur bancaire. Ce qui entraine la transformation de dettes privées en dette publique. Celle-ci est alors multipliée par six...

L’utilisation des crédits est tout aussi effarante. Selon les informations disponibles, seules 14 % des sommes empruntées [3] entre 1989 et 2006 auraient servi à des projets de développement (télécommunications, eau potable, énergie,...), le reste - soit 86 % - étant consacré au remboursement de la dette externe et de ses intérêts. Et c’est sans compter les conditions posées par les créanciers, qui orientent le pays vers une libéralisation à outrance, avec l’obligation de licenciement de 30 000 fonctionnaires en 2003-2004, ou le développement d’une économie d’exportation. Un exemple parmi d’autres : certains crédits ont servi à développer la culture des crevettes, production d’exportation encouragée par le FMI. Les conséquences ont été catastrophiques pour les écosystèmes, notamment la mangrove, source de revenus pour les populations locales et barrière contre les inondations. Elle est aujourd’hui détruite à 70 %. Autant de désastres sociaux et environnementaux qui permettent à des associations équatoriennes de réclamer aujourd’hui réparation au titre de la dette écologique dont l’Équateur est créancier.

Suite à l’audit, plutôt que d’attaquer en justice les créanciers peu scrupuleux (FMI, Banques américaines, Club de Paris...), l’Équateur a décidé d’annuler une partie de cette dette illégitime. Au printemps 2009, le gouvernement a annoncé qu’il ne remboursera qu’au tiers de leur valeur les bons émis jusqu’en 2030. Soit une économie substantielle de 2 milliards de dollars. Pour Eric Toussaint, membre du CADTM et de la Commission d’audit, c’est « un résultat très positif, même si personnellement j’aurai souhaité que ça aille plus loin. L’audit avait donné des raisons, juridiquement étayées, pour annuler une plus grosse partie de la dette. Les 80 % de la dette que nous avions audités étaient totalement répudiables ».

Une politique souveraine face à la dette

Cette démarche marque une rupture claire avec les pratiques existantes. L’allégement de la dette se fait le plus souvent par négociation multilatérale. Et les créanciers conditionnent l’allégement de la dette à certaines mesures, comme par exemple la privatisation de secteurs d’activités. Cela a été le cas du Brésil qui a, dans les années 90, laissé à l’abandon les services publics de base (santé, éducation, transport) puis a finalement réussi à rembourser intégralement sa dette au FMI, en soutenant fortement l’agrobusiness, avec toutes les conséquences néfastes, sur le plan écologique et social, que l’on peut imaginer (déforestation massive, paysans privés de terres et de ressources...). Dans le cas de l’Équateur, il s’agit au contraire d’un acte unilatéral et souverain. Cela crée un précédent, d’autant plus que l’Équateur n’est pas au bord de la banqueroute. L’annulation partielle de la dette va permettre de consacrer une part plus importante aux dépenses sociales : santé, éducation, infrastructures…

Aujourd’hui, malgré les risques d’embargo, de fuite des capitaux, d’annulation d’investissements, et autres menaces de la part de banquiers et d’États effrayés par cette mesure unilatérale, plusieurs autres pays envisagent de suivre cette voie. C’est le cas par exemple du Zimbabwe ou du Paraguay, qui a invité le CADTM pour discuter d’une stratégie à adopter. Un signe positif : plus les pays seront nombreux à s’engager dans cette voie, plus le rapport de force pourra peser en leur faveur. Qui, après l’initiative équatorienne, voudrait continuer de payer une dette illégitime ou qui n’a pas été auditée ?

« Il faut poursuivre en justice les responsables de cette situation »

L’initiative ne vient pas seulement des pays débiteurs. En 2006, la Norvège avait procédé à l’annulation de la dette de cinq pays [4] pour des emprunts dont elle reconnaissait les conditions inappropriées. On pourrait en espérer autant de la France, dont les créditeurs ont été ou sont bien souvent liés par des relations coloniales ou néo-coloniales.

D’autres moyens sont à explorer. Pour sa part, Eric Toussaint espère que les instructions judiciaires vont se développer à l’égard des fonctionnaires équatoriens qui, depuis 2000, ont signé des contrats avec les banques américaines. En allant à l’encontre du droit et de la Constitution équatorienne, ils ont trahi les intérêts de leur pays, bien souvent motivés par des pots-de-vin. Les dirigeants des banques, peu regardants sur les conditions de prêts et qui ont tiré profit de cette situation, devraient également être mis en cause. De même que les institutions financières internationales et leurs plans de dérégulation à outrance. Qui osera intenter un procès à la Banque mondiale ?

Les bases d’un autre modèle de développement ?

« Il ne s’agit pas de déclarer une dette illégitime parce qu’elle est le produit d’un système capitaliste. On peut avoir des dettes odieuses dans des systèmes non capitalistes. L’audit de la dette n’est pas directement une critique du capitalisme, mais il promeut un autre modèle de développement, favorise la reconquête démocratique, l’exercice de la souveraineté de chaque pays. C’est un moyen pour rompre avec des mécanismes de dépendance, c’est donc un instrument de libération et de justice », explique Eric Toussaint. La démarche d’audit permet surtout d’inverser le rapport de force entre créanciers et créditeurs. Et de faire réfléchir - ou fléchir - les créanciers peu scrupuleux, en faisant peser la menace du non-remboursement de leurs capitaux en cas de conditions jugées illégitimes. Ce processus est en tout cas une remise en cause efficace d’un système de domination et d’oppression. Il met en lumière l’immoralité et l’illégalité d’une partie de ces dettes, tout en proposant une résolution effective et rapide du problème ainsi qu’un cadre de contrôle pour l’avenir.

L’Equateur est un exemple que devraient peut-être suivre les pays du Nord, dont les gouvernements n’ont pas hésité à mettre à disposition des marchés 7 800 milliards de dollars entre avril et octobre 2008. Cela a provoqué une hausse considérable de la dette publique, sans que les citoyens aient eu leur mot à dire. Une petite partie de ce montant aurait permis à un grand nombre de pays en développement de s’en sortir. Mais sauver des banques est sans doute plus important que d’investir sur le long terme dans des politiques de développement respectueuses de l’environnement - au Nord comme au Sud - ou de sauver des pays de la logique infernale de l’endettement et de la misère qui en découle.

Agnès Rousseaux

Notes

[1] Alors même qu’en 1980, la part du budget consacré à l’éducation et la santé était de 40 % , et celle destinée au remboursement de la dette était de 15 %

[2] En Amérique latine, le taux d’intérêt réel est passé d’une moyenne de – 3,4% (taux négatif favorable aux endettés), entre 1970 et 1980, à +19,9% en 1981, +27,5% en 1982 et 17,4% en 1983 (Source : CADTM)

[3] Sans compter qu’une partie de ces 14% a servi à réformer le secteur financier.

[4] Équateur, Pérou, Jamaïque, Égypte et Sierra Leone

 

Source: www.bastamag.net

Par Aboubacar Fofana - Publié dans : Economique
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Jeudi 27 octobre 2011 4 27 /10 /Oct /2011 22:59

Salaires : comment vous situez-vous par rapport à la moyenne des Français ?

Copyright Reuters
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Quelle est la proportion de salariés qui gagne plus et moins que soi. Tel est l'étonnant test que propose l'Observatoire des inégalités. De quoi remettre quelques idées en place.

Simple et efficace, l'outil proposé par l'Observatoire des Inégalités permet de se situer dans la hiérarchie nationale des salaires. Pour cela, il suffit de rentrer son salaire net, et l'application réalisée par l'association vous dira quelle proportion de Français gagne plus (et moins) que vous.

Sous les feux de l'actualité, le sélectionneur du XV de France Marc Lièvremont, gagne plus que 99% des salariés avec une rémunération hors primes estimée à 9.600 euros net mensuel. Mais comme le précise l'Observatoire indépendant, "parmi les 0,5 ou 0,1 % les mieux payés, on émarge à des sommes très supérieures...". Et encore, les rugbymen sont réputés pour gagner dix à vingt fois moins que les footballeurs...

Mais nos députés sont également bien lotis, avec leurs 5.246 euros de rémunération nette : c'est plus que 97% de nos compatriotes.

Les diplomés des grandes écoles de commerces ne sont pas non plus à plaindre. A peine entrés dans la vie active, ils touchent plus que 80% des salariés : leur salaire moyen à la première embauche s'élève en effet à 39.000 brut euros annuel pour les écoles les plus réputées.

Un sacré écart, en début de carrière avec un professeur débutant : 1.666 euros net mensuel, soit le salaire médian de la population. Un véritable sacerdoce !

Tout comme les infirmières récemment diplomées qui gagnent plus que 42% des salariés en France (1.540 euros net mensuel). Les agents de caisse, enfin, ont une rémunération supérieure à celle de 20% des Français (1.249 euros en moyenne).

Au global, 10% des travailleurs salariés gagnent moins de 1.124 euros tandis que 1% des salariés gagnent plus - voire beaucoup plus - de 7.925 euros.

Petit fait étonnant de cette étude : 7% des salariés sembleraient toucher... moins que le Smic (1070,76 euros net mensuels). La raison tient essentiellement à la méthodologie privilégiée par l'Observatoire des inégalités.

Salaire et richesse : deux notions différentes

Ce test présente néanmoins des biais. Première lacune : il ne tient compte que des revenus des travailleurs salariés du public et du privé, récoltées via les déclarations automatisées des données sociales (DADS) de l'Insee. Autrement dit, les revenus de 10% des Français (chefs d'entreprises, artisans, commerçants, professions libérales...) n'ont pas été comptabilisés.

Ensuite, les dernières données disponibles datent de 2008. Depuis, la crise économique est passée par là et a pu changer la donne... Enfin, le test ne tient pas compte des différences de temps de travail. Les revenus ont en effet été comparés en "équivalence avec un temps plein", de sorte que seul le taux horaire des salaires a finalement été comparé, et non le montant effectivement perçu par les travailleurs.

Et puis, le salaire suffit-il à définir la notion de "richesse" ? Cette dernière dépend aussi non seulement du capital accumulé mais aussi du niveau des dépenses courantes (qui lui même varie selon le lieu d'habitation etc).

Malgré ces quelques imperfections, l'outil permet de se situer globalement et de prendre conscience de la réalité des salaires en France. D'ailleurs... savez-vous où se situe le vôtre ?

OUTIL Le test sur le site de l'Observatoire des Inégalités.

OUTIL La Tribune : Etes-vous bien payé ? Le test sur plus de 5.000 métiers

 

Stan Jourdan - 25/10/2011, 13:50         

 

 

Par Aboubacar Fofana - Publié dans : Economique
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Jeudi 27 octobre 2011 4 27 /10 /Oct /2011 11:14

, Le jeudi 27 octobre 2011, à 7h 10

 

Au bout du suspense, et après plus de dix heures de sommet, les dirigeants de la zone euro sont parvenus dans la nuit de mercredi à jeudi à arracher un accord sur la restructuration de la dette grecque, l'accroissement des capacités du fonds de soutien à l'euro et la recapitalisation des banques.

Complexe, bancal, truffé de points d'interrogations et sans doute incomplet, cet accord n'en demeure pas moins le plus ambitieux trouvé par les chefs d'Etat et de gouvernement de la monnaie unique depuis l'éclatement de la crise de la dette, en Grèce, fin 2009.

"Je voudrais insister sur le caractère historique des décisions qui ont été prises, elles sont extrêmement fortes, pour stabiliser, pacifier les marchés et permettre à la Grèce de retrouver le chemin d'une croissance normale", s'est félicité Nicolas Sarkozy lors d'une conférence de presse.

"Je crois que le travail qui a été fait par l'Europe a été à la hauteur de la situation", a-t-il continué.

Ce nouveau programme a dû être négocié pied à pied et parfois en tête à tête entre les banquiers et Nicolas Sarkozy et Angela Merkel eux-mêmes, qui ont dû mettre tout leur poids dans la balance pour forcer la décision.

Il prévoit de ramener la dette grecque de plus de 160% du PIB actuellement à 120% en 2020, un niveau jugé supportable par les autorités européennes.

Pour ce faire, les gouvernements de la zone euro mettront sur la table 130 milliards d'euros, sous forme de prêts, alors que les créanciers privés devront effacer quelque 100 milliards des 210 milliards d'euros de titres grecs qu'ils détiennent.

Cette contribution volontaire, qui sera recueillie d'ici la fin de l'année, équivaudra à un abandon de créance de 50%, ont dit Nicolas Sarkozy et Angela Merkel.

Le directeur général de l'Institut de la finance internationale (IFI), Charles Dallara, qui représentait les banques dans la négociation, s'est félicité de cet accord qui révise le plan agréé le 21 juillet dans lequel le secteur privé n'était engagé qu'à hauteur de 50 milliards d'euros.

1.000 MILLIARDS D'EUROS POUR LE FESF

Les Européens se sont également entendus sur une démultiplication des capacités du Fonds européen de stabilité financière (FESF) jusqu'à un volume de 1.000 milliards d'euros, susceptible de rassurer les marchés sur sa capacité à voler le cas échéant au secours de pays comme l'Italie ou l'Espagne.

Ce Fonds disposait à sa création de 440 milliards d'euros mais après avoir été mis à contribution pour aider le Portugal et l'Irlande, et en raison d'un complexe montage financier pour lui octroyer une note AAA, il ne dispose plus aujourd'hui que d'une capacité effective estimée à 250 milliards d'euros.

L'effet de levier sera obtenu via un double mécanisme. Il s'agira d'une part d'assurer partiellement les dettes souveraines émises par des pays en difficulté et, d'autre part, de créer un nouveau "véhicule spécial" adossé au FESF et au Fonds monétaire international (FMI) et auquel participeront des investisseurs internationaux, comme la Chine ou d'autres grands pays émergents.

Nicolas Sarkozy a dit qu'il s'entretiendrait ce jeudi au téléphone avec son homologue chinois Hu Jintao au sujet d'une possible participation de Pékin à la création de ce fonds.

Le directeur général du FESF, Klaus Regling, se rendra par ailleurs en Chine afin de rencontrer des investisseurs.

Comme attendu, les dirigeants des Vingt-Sept ont aussi endossé sans changement le troisième volet de la réponse européenne, un plan de recapitalisation des banques à hauteur de 106 milliards d'euros d'ici le 30 juin 2012, dont 8,8 milliards pour les banques françaises.

Ce plan prévoit également des garanties publiques destinées à permettre aux banques de s'assurer des financements à moyen et long terme, sur le modèle de celles qui avaient été mises en oeuvre à l'automne 2008, au plus fort de la crise financière.

LA BCE INTERVIENDRA SUR LE MARCHÉ

Le sommet a enfin été l'occasion pour Silvio Berlusconi de faire quelque vagues promesses de réformes économiques, loin des engagements fermes attendus.

Les dirigeants européens, emmenés par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, avaient demandé dimanche au président du Conseil italien de présenter lors du Conseil européen de mercredi un plan solide permettant de redresser la croissance et de réduire la dette de l'Italie, qui est de l'ordre de 1.800 milliards d'euros.

Ils ont réitéré jeudi leur appel à des réformes ambitieuses dans ce pays, notamment une réforme du marché du travail, une réforme des retraites, des mesures en faveur de la compétitivité et une libéralisation des services publics.

Avant la réunion, offrant un peu de répit aux marchés, le futur président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, avait indiqué que l'institut d'émission resterait présent sur les marchés obligataires tant que ceux-ci seraient instables, un signe qui était attendu depuis plusieurs jours.

Ces déclarations, qui sont intervenues après plusieurs jours d'intense débat entre dirigeants européens sur le rôle de la BCE dans la gestion de crise, avaient donné lieu dans la journée à une série d'interprétations sur la volonté de l'institut d'émission de continuer à acheter de la dette de pays en difficulté sur le marché obligataire secondaire.

Nicolas Sarkozy, qui soutient un rôle actif de la BCE, n'a pas voulu laisser d'ambiguïté.

"Je suis pas le porte-parole de la BCE. La BCE est une institution indépendante. M. Draghi ne nous a pas interrogés avant de prendre cette décision, nous ne lui avons rien demandé, mais il est permis de se réjouir de ce qu'il a dit, qui est assez clair", a-t-il dit, insistant ensuite sur ces rachats de dette.

 

Rédaction européenne

Par Aboubacar Fofana - Publié dans : Finance
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