Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 15:23

A quoi ressemble la vie après la perte de la note AAA ?

LEMONDE | 14.01.12 | 10h48   •  Mis à jour le 14.01.12 | 13h24

 
 

 

Pourquoi ces trois lettres, accolées aux emprunts d'un Etat, sont-elles si importantes ? Peut-on vivre sans ? Avec quelles conséquences ? Décryptage.

Pourquoi ces trois lettres, accolées aux emprunts d'un Etat, sont-elles si importantes ? Peut-on vivre sans ? Avec quelles conséquences ? Décryptage.AFP/PHILIPPE HUGUEN

La France a perdu sa note financière AAA, la meilleure possible, désormais abaissée d'un cran, à AA+, avec perspective négative, a confirmé, vendredi 13 janvier au soir, l'agence d'évaluation Standard & Poor's. Avec quelles conséquences ? Décryptage.

  • Depuis quand la France affichait-elle un AAA ?

Paris bénéficiait de la meilleure note possible chez Standard & Poor’s depuis sa première évaluation, le 25 juin 1975, l’année où l’agence a recommencé à noter la dette de certains Etats (après une interruption de plus de trente ans). Coïncidence, 1975 est l’année à partir de laquelle la France n’a plus terminé un seul exercice budgétaire à l’équilibre.

Depuis la dégradation des Etats-Unis, le 5 août 2011, Paris pouvait se targuer d’être le plus ancien des pays notés par Standard & Poor’s à afficher sans discontinuer un AAA. Des lauriers qui reviennent désormais à la Norvège, qui a toujours obtenu ce 20/20 depuis sa première notation, le 9 juillet 1975.

Chez les deux autres grandes agences, Paris affiche un AAA depuis ses premières évaluations : 1979 pour Moody’s et 1994 pour Fitch. Si toutes deux accordent encore à la France la meilleure note possible, elles ont, elles aussi, mis Paris sous pression. Moody’s pourrait prochainement placer le AAA de la France "sous perspective négative", une procédure qui se traduit dans 50 % des cas par une dégradation dans les deux ans. Fitch a déjà mis la France sous "perspective négative" ; mais elle a prévenu qu’elle ne retirerait pas son AAA en 2012.

  • Pourquoi donne-t-on tant d’importance à ces notes?

Ces évaluations répondent à un besoin dans l’univers de la finance : savoir mesurer les risques d’une créance par rapport à une autre. En clair, savoir à qui un investisseur – banque, assureur, fonds… – peut prêter en toute sécurité et auprès de qui le risque est plus élevé.

De grands investisseurs ont souvent délégué cette évaluation du "risque crédit" aux agences, leur faisant confiance aveuglément. Par exemple, un fonds, qui va décider de n’investir que dans des obligations notées AAA, va vendre cette dette si elle est dégradée, sans se demander si cette sanction est justifiée ou non.

Les réglementations financières et prudentielles ont peu à peu intégré ces notations, transformant ces agences en acteurs "quasi institutionnels", reconnaît-on à Bruxelles. Législateurs et régulateurs ont par exemple décidé d’utiliser ces notes pour mesurer la qualité des fonds propres des banques, ou celle des titres déposés en garantie auprès d’une banque centrale quand des établissements financiers lui empruntent des fonds.

  • Une dégradation est-elle synonyme de taux d’intérêt plus élevés?

En théorie, les choses sont simples : les agences de notation donnent une opinion sur la solidité de la dette d’un pays et les investisseurs suivent ces recommandations et réclament des taux d’intérêt plus ou moins élevés, en fonction de la note, quand ils prêtent de l’argent.

Avoir un triple A, l’équivalent d’un 20/20, devrait être la garantie absolue d’emprunter à bon compte. Mais, dans la réalité, ce phénomène n’a pas toujours lieu, comme le montre l’exemple des Etats-Unis. Si Standard & Poor’s a abaissé la dette américaine, le 5 août 2011, en la faisant basculer de AAA à AA+ (la deuxième note sur vingt-deux, qui est désormais celle de la France), Washington emprunte toujours à des taux faibles et plus bas qu’avant sa dégradation.

C’est que la perte de cette note a provoqué une forte tension sur les marchés financiers, entraînant un repli des investisseurs vers les valeurs refuges par excellence que sont… les bons du Trésor américain. Reste que l’euro n’a pas encore atteint le statut du dollar comme monnaie de réserve.

Autre cas marquant, le Japon et sa dette s’élevant à 233 % du produit intérieur brut, simplement notée AA– par Standard & Poor’s (la quatrième sur vingt-deux dans la grille de l’agence). Or, Tokyo se finance à très bas coût, car sa dette est détenue à 90 % par les investisseurs de l’Archipel. En France, la répartition est inverse, les investisseurs étrangers détenant 65 % de la dette du pays.

Par ailleurs, les marchés sont souvent en avance sur les agences de notation. D’abord parce qu’ils bougent tous les jours et réagissent en permanence aux informations nouvelles, mais aussi parce qu’ils cherchent… à anticiper les décisions des agences. Voilà pourquoi les différents pays, jusqu’ici notés AAA au sein de la zone euro, empruntaient ces derniers mois à des taux forts différents.

  • Quelles seront les conséquences sur le budget de la France et sur les ménages?

En 2012, Paris a prévu d’emprunter 178 milliards d’euros sur les marchés financiers pour refinancer sa dette passée arrivant à échéance et combler son déficit, attendu à 4,5 % du produit intérieur brut (PIB).

Ces derniers mois, la France a vu les taux auxquels elle emprunte diverger considérablement de ceux de l’Allemagne, et certains autres Etats de la zone euro également notés AAA, comme les Pays-Bas ou la Finlande. C’est le signe que les marchés faisaient déjà le tri entre les différents pays ayant la meilleure note possible, avant même cette dégradation. L’écart de rendement entre les obligations à dix ans de la France et celles de l’Allemagne – on parle de "spread" dans le jargon financier – ont atteint jusqu’à 2 points de pourcentage mi-novembre 2011, avant de s’établir depuis autour de 1,3 point, contre 0,3 point en mai.

Malgré ces énormes tensions, le taux moyen auquel la France a emprunté en 2011 n’a été que de 2,8 %, le deuxième plus bas de l’histoire, après 2010 (2,5 %). Ce paradoxe s’explique par le report des investisseurs sur les produits financiers jugés les plus sûrs, les emprunts d’Etat, au détriment des actions ou d’autres actifs considérés comme plus dangereux. En 2011, les rendements des emprunts français à dix ans sur le marché dit "secondaire" (celui de la revente des obligations) ont atteint en moyenne 3,30 %. Soit bien moins que le taux de 3,7 % prévu dans le projet de loi de finances pour 2012 pour ces emprunts à dix ans, qui font office de "baromètre".

Désormais notée AA +, la France est évaluée comme la Belgique l’était jusqu’à fin novembre. Or celle-ci a emprunté à dix ans à un taux moyen de 4,24 % en 2011. Soit environ un point de pourcentage de plus que la France. Selon les calculs des analystes d’Amundi, une hausse des taux de 1 point de pourcentage représenterait pour la France un surcoût de 3 milliards d’euros la première année. Avec une conséquence pour les ménages : si l’Etat verse des taux d’intérêt plus élevés pour se financer, accéder à un crédit immobilier ou à la consommation coûtera aussi plus cher. Car les taux des obligations d’Etat sont une base de calcul essentielle pour tous les autres types d’emprunts.

  • Quel sera l’impact sur les entreprises,  les collectivités locales et le Fonds européen de stabilité financière?

"Vous ne pouvez pas noter une entité sans tenir compte des frontières dans lesquelles elle évolue", explique un ancien cadre d’une agence de notation. Voilà pourquoi, à de très rares exceptions – quatre entreprises américaines dont Microsoft et le pétrolier Exxon Mobil –, aucune entreprise ou organisme ne bénéficie d’une note supérieure à celle de l’Etat dans lequel elle est située. Cette dépendance à la note de l’Etat vaut tout particulièrement pour les emprunteurs qualifiés de "subsouverains" : les collectivités territoriales ou les établissements publics, qui bénéficient de la garantie implicite de l’Etat.

La dégradation de la France va faire perdre leur AAA à une myriade de gros emprunteurs : la Caisse des dépôts et consignations (CDC), la Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades), l’Unedic, Réseau ferré de France (RFF), l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), la Ville de Paris, la Caisse nationale des autoroutes… La note AA+ de la SNCF va, elle aussi, baisser. Les entreprises dont l’Etat est actionnaire pourraient elles aussi être dégradées : c’est le cas de La Poste, mais aussi de EDF, France Télécom, Aéroports de Paris

Au niveau international, le Fonds européen de stabilité financière (FESF), qui emprunte des fonds sur les marchés pour les reverser ensuite aux pays de la zone euro en difficulté, risque également de perdre son AAA. Ce dernier ne reposait que sur la garantie des six Etats de l’union monétaire bénéficiant jusqu’ici de la meilleure note possible: la France, le Luxembourg, l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas et la Finlande. Or, de six AAA, la zone euro est passée à quatre, après la dégradation de la France et de l’Autriche. Et Paris était une des deux clés de voûte de ce système de garanties, vu le poids de son économie.

Standard & Poor’s a indiqué toutefois que le FESF pourrait conserver la note maximale. Mais pour cela, il faudrait que les quatre pays encore notés AAA augmentent leur soutien financier.

  • Est-il déjà arrivé qu’un pays ayant perdu son AAA le regagne?

Perdre son AAA n’est pas une fatalité. Mais le retrouver peut prendre beaucoup de temps. Le Danemark a vu Standard & Poor’s lui retirer son AAA en 1983, avant de le regagner en… 2001. Un sésame que le royaume détient toujours grâce à une dette publique limitée à 44,33 % du PIB en 2011, ce qui lui permet d’emprunter à dix ans à des taux inférieurs à 2 %. Chez Standard & Poor’s, quatre autres pays ont déjà perdu puis regagné ce AAA : le Canada (1989 puis 2002), la Finlande (1992 puis 2002), la Suède (1993 puis 2004) et l’Australie (1986 puis 2003). Tous bénéficient encore de cette note.

A l’inverse, les Etats-Unis, l’Irlande, le Japon, la Nouvelle-Zélande et l’Espagne n’ont pas regagné ce AAA qu’ils avaient pu obtenir par le passé – certains durant très longtemps comme Washington, d’autres durant juste quelques années. Dublin, Madrid et Tokyo en sont même à mille lieues.

  • Combien reste-t-il de pays AAA  dans le monde ?

Avant cette dégradation, Standard & Poor’s décernait son AAA à dix-huit Etats sur 127 notés, dont six à l’intérieur de la zone euro. Désormais, ils ne sont plus que seize, dont quatre à l’intérieur de l’union monétaire (Luxembourg, Allemagne, Pays-Bas et Finlande).

Hors zone euro, Standard & Poor’s octroie son AAA aux Etats suivants : Singapour, Canada, Royaume-Uni, Norvège, Suisse, Danemark, Suède, Australie, Ile de Man, Guernesey, Hongkong et Liechtenstein. Parmi eux, seul Singapour affiche une dette publique supérieure à celle de la France, à 98 % du PIB contre 86,87 % pour Paris.

  • La France a-t-elle payé Standard & Poor’s pour être notée?

Le modèle économique de ces agences repose sur le principe controversé du «noté-payeur» : les emprunteurs s’"offrent" une évaluation pour faire acte de transparence, rassurer les investisseurs et pouvoir lever des fonds à meilleur prix. Un système généralisé à l’exception de… quelques grands Etats dont la France. Paris – comme Berlin, Rome, Londres ou Washington – ne verse pas un centime à Standard & Poor’s, qui effectue son évaluation de façon "non sollicitée".

Pour les agences, noter de tels Etats est souvent incontournable : pour des questions d’image, mais surtout car cette évaluation va servir d’étalon aux autres emprunteurs de ces pays, qui, eux, payent pour être évalués. "La notation souveraine représente moins de 10 % du chiffre d’affaires", glisse une source dans l’une des grandes agences. Mais cela ne les empêche pas d’être rentables: la marge opérationnelle de Standard & Poor’s a atteint 42,99 % lors des neuf premiers mois de l’année, celle de Moody’s 41,8 %.

Aux Etats-Unis comme en Europe, une intense réflexion a été menée depuis la crise financière et à l’avalanche de critiques déversée sur les agences : elles ont été accusées, pêle-mêle, d’avoir favorisé la bulle des subprimes aux Etats-Unis en accordant des AAA à des produits financiers toxiques ou d’avoir dégradé trop brutalement des pays, favorisant la propagation de la crise des dettes souveraines. A Washington comme en Europe, les autorités essaient de limiter – voire de supprimer – les références aux notations dans les législations. Bruxelles tente aussi de faire émerger davantage de concurrence – les trois grandes contrôlent 90 % du marché – afin de varier les opinions et diminuer l’impact potentiel d’une dégradation.

La Commission a aussi réfléchi à la possibilité de suspendre la notation d’un pays si jamais celui-ci traversait une mauvaise passe, pour ne pas le déstabiliser davantage. Avant de faire machine arrière, de peur que ce gel ne stresse davantage les marchés, qui pourraient en conclure qu’on veut lui cacher de très mauvaises nouvelles.

 

Clément Lacombe

Par Aboubacar Fofana - Publié dans : Finance
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Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 15:08

 

LEMONDE.FR | 14.01.12 | 11h04 • Mis à jour le 14.01.12

 

Noter un Etat – que l'on travaille chez Fitch, Standard &Poor's (S &P) ou Moody's– est un processus long et codifié. Au départ, une équipe de deux analystes – le processus est le même pour une entreprise –, un expérimenté et un plus jeune. Chez S &P, ils sont une petite quarantaine à observer – toujours en binôme – les 127 Etats notés par l'agence et les organismes publics. Polyglottes, avec une formation économique, voire d'ingénieur, ils perçoivent des salaires confortables, mais très loin de certains standards du monde de la finance : environ 45000 euros bruts par an pour un analyste junior et de 70000 à 120000 euros bruts pour un senior. Les analystes de l'équipe "souveraine" de S &P couvrent en moyenne quatre à six pays, ainsi qu'une demi-douzaine d'organismes publics ou parapublics. "Les analystes sont souvent débordés, le sous-effectif est criant", juge un salarié d'une autre agence. "Pour certains, la pression est devenue intenable ces derniers temps", explique un fin connaisseur du milieu. ROTATION APRÈS QUELQUES ANNÉES Pour ne pas qu'ils se lassent ou qu'ils s'attachent à leur sujet, la réglementation interne des agences impose aux analystes une rotation au bout de quelques années. Chez S &P, un Allemand et un Slovène couvrent la France depuis respectivement 2010 et 2007. Les deux analystes d'un pays recueillent les données publiques, qu'ils complètent au fil de l'actualité. Ils s'entretiennent régulièrement par téléphone, ou lors d'entretiens formels une fois par an au moins, avec des représentants de l'émetteur, jusqu'au ministre des finances, mais aussi des régulateurs, des banquiers centraux, voire des membres de l'opposition. Ces données, à la fois quantitatives et qualitatives, sont ensuite passées à la moulinette de la "méthodologie" propre à chaque agence. Par exemple, Moody's se penche sur quatre facteurs: "la solidité économique du pays", notamment le poids de son économie et sa capacité à amortir les chocs; sa "solidité institutionnelle", c'est-à-dire sa disposition à mener des politiques lui permettant d'honorer ses dettes; la "solidité financière du gouvernement", à savoir le poids de sa dette et sa capacité à gérer une hausse de celle-ci; enfin, le "risque événementiel", comme les fluctuations économiques, une catastrophe naturelle… voire une guerre. Finalement, c'est à un "comité de notation" qu'il revient de changer ou de maintenir la note. L'instance se réunit au minimum une fois par an, la plupart du temps par téléphone ou visioconférence. Selon les cas et les agences, elle réunit entre cinq et quinze personnes: les deux analystes ayant suivi l'Etat, des cadres de l'agence et d'autres analystes à Londres, NewYork ou Francfort, et dans le cas d'un Etat, au moins un spécialiste du secteur bancaire. "PEU DE RESSOURCES HUMAINES" Le principe est simple : "un homme, une voix". Et toujours un nombre impair, afin qu'une majorité se dégage. "L'analyste principal prend la parole le premier, expose son argumentation et sa recommandation de note, raconte un ancien de Moody's. Il est ensuite bombardé de questions, poussé dans ses retranchements. Puis chaque membre du comité parle, donne son avis et explique son vote. Les salariés les plus expérimentés parlent en dernier. L'objectif est d'arriver à une grande majorité pour que ce soit une opinion collective…" "Il y a si peu de ressources humaines dans ces agences que, dans la pratique, ces comités regroupent un peu toujours les mêmes personnes, plus ou moins expertes, atteste un ancien chef de service de S&P.C'est pour se protéger des critiques que les agences refusent d'en révéler la composition…" "Des critères flous" Une fois la décision prise, l'agence informe l'émetteur. Celui-ci a alors douze heures pour rectifier d'éventuelles erreurs et faire appel de la décision… ou se préparer à l'annonce aux marchés. "Ne croyez pas, au simple motif qu'on les craint et qu'elles sont trois à régner sur l'économie mondiale, que les agences y voient clair dans cette crise et qu'il y ait plus d'intelligence chez elles qu'ailleurs, avertit un ex-responsable de S &P. Les banques possèdent des bataillons d'économistes et d'analystes bien plus expérimentés, qui pourraient tout à fait se passer de leur analyse…" Un autre analyste conclut : "Les agences de notation n'ont pas vu venir la crise de 2008 pour les banques. Aujourd'hui que tangue la zone euro, elles ouvrent grand les parapluies. Leurs critères de notation n'ont jamais semblé aussi flous, leurs justifications malhabiles…" "Une chose est sûre, renchérit cet autre économiste d'une grande banque, on a changé de monde, les triple A ne seront bientôt plus qu'un souvenir."

Clément Lacombe et Anne Michel

Par Aboubacar Fofana - Publié dans : Finance
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Dimanche 4 décembre 2011 7 04 /12 /Déc /2011 22:03

Anniversaire de l’agression du 22 novembre 1970: droit de réponse à Hadja Andrée Touré

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(Lejour.info) - A l’occasion du 41e anniversaire de l’agression portugaise du 22 novembre 1970, Hadja Andrée Touré, la veuve du premier président guinéen, Sékou Touré (1958-1984), a été interviewée par le site mediaguinee.com. Bien naturellement, c’était une occasion pour elle de défendre implicitement son défunt mari que l’Histoire classe pourtant parmi les tyrans africains les plus atroces. Humainement on pouvait bien la comprendre si elle s’était contentée de défendre son mari. Mais madame Andrée déclare sans aucune preuve juridique que les victimes du camp Boiro étaient tous coupables.

 

« On parle de ceux dont les parents ont eu une certaine participation à tous ces événements. Les faits ont été reconnus par leurs parents et les sanctions ont été prises », a dit madame Andrée Touré. Mais elle feint d’oublier dans quelles conditions les aveux ont été faits, car ce serait bien gênant pour elle.

En effet, il n’est un secret pour personne que ces aveux étaient extorqués par la torture dans la sinistre « cabine technique » du camp Boiro. Les auditions étaient ensuite enregistrées puis diffusées sur les antennes de la radio de propagande du PDG, « La Voix de la Révolution », pour faire croire à la culpabilité de leurs auteurs. Sachant parfaitement comment les choses se passaient au camp Boiro, les gens du peuple n’étaient pas convaincus par ces auto-accusations qu’ils entendaient à la radio officielle, mais personne n’osait contester publiquement l’authenticité des aveux.

Une chose est sûre, l’homme est fait de chair et de sang, il a des limites en toute chose. En l’occurrence, soumis à la torture extrême, il finit toujours par craquer. Le héros supplicié qui a serré la mâchoire jusqu’à la mort, ça n’existe qu’au cinéma ! Dans ces conditions, quelle valeur juridique auraient eu leurs aveux ?

Le Dr Alpha Taran Diallo, avec d’autres membres du gouvernement, avait dû comparaître devant le tribunal populaire révolutionnaire (TPR) que constituait à l’époque l’Assemblée nationale (dont, soit dit en passant, les membres n’étaient jamais élus mais tous nommés par le dictateur Sékou Touré). Devant le TPR, le Dr Taran s’est entendu dire que Baldet Ousmane, ministre de la République, alors incarcéré au camp Boiro, l’a dénoncé comme membre de la fameuse « cinquième colonne », c’est-à-dire un complice interne des agresseurs portugais et des opposants guinéens de l’extérieur. Dans un discours retentissant, dont les enregistrements sonores existent encore, l’accusé a demandé une confrontation avec son soi-disant accusateur Baldet Ousmane. Toute légitime qu’elle fût, sa demande fut rejetée purement et simplement, au mépris du droit le plus élémentaire. La Révolution sékoutouréenne ne s’embarrassait pas de droit.

Cette triste session parlementaire extraordinaire s’était tenue le 20 janvier 1971. Cinq jours plus tard, le 25 janvier, Baldet Ousmane fut pendu au pont du 8-Novembre, en plein centre de la capitale, sans avoir été confronté avec les personnes qu’il aurait soi-disant dénoncées.

Quant à Taran et les autres, ils étaient irrémédiablement coupables du simple fait qu’ils avaient été dénoncés. Et il suffisait que « la Révolution » leur dise par qui ? Ils n’avaient pas le droit de voir leurs accusateurs, a fortiori d’être confrontés avec eux. Dommage, car on aurait bien su comment les aveux étaient arrachés au camp Boiro !

Le ministre Dr Taran Diallo, comprenant parfaitement que son sort est déjà scellé par ses ennemis membres du clan familial de Sékou Touré, a lancé pour la postérité, du haut de la tribune de l’Assemblée nationale, cette phrase pathétique : « Le jour où les gens apprendront que j’ai été fusillé, qu’ils sachent que j’ai été fusillé parmi les révolutionnaires ! »

Six mois après la pendaison publique de Baldet Ousmane avec qui il n’a jamais été confronté, Taran est arrêté (juin 1971) puis fusillé le 18 octobre, attaché dans un sac et pendu dans un arbre avec 70 autres patriotes, dont le général Noumandian Keïta, créateur de l’armée guinéenne.

Eh bien oui, la Révolution était une mère sorcière qui dévorait ses meilleurs enfants !
Parlant des familles des victimes, madame Andrée Touré a dit dans son interview : « Je pense que les enfants doivent comprendre qu’ils ne sont pas responsables des actes de leurs pères. C’est douloureux d’avoir une telle charge à supporter. Je comprends cela. » C’est tout ce que cette femme, mère, trouve à dire pour consoler les enfants des victimes du camp Boiro assassinés par son mari. Qu’elle sache que ces enfants-là (que nous sommes) ne culpabilisent guère, pas plus qu’ils n’ont cru un seul instant aux accusations portées contre leurs pères. Ils ne supportent aucune charge douloureuse sinon la douleur et la révolte qui les habitent depuis leur enfance pour avoir injustement perdu leurs pères, accusés et suppliciés par le régime fou de son époux. Si quelqu’un devrait culpabiliser dans cette affaire, c’est bien d’abord Andrée Touré elle-même, pour avoir été la femme d’un sanguinaire impitoyable qui a fait assassiner 50 000 Guinéens entre 1953, date de son élection comme conseiller territorial de Beyla, et 1984. Si elle était capable d’éprouver de nobles remords, nous comprendrions alors qu’elle porte une douloureuse charge, n’étant pas responsable des actes de son mari.

Madame Andrée a-t-elle oublié que les détenus du camp Boiro n’avaient aucun droit ? Ciblés de longue date puis arrêtés arbitrairement ou simplement dénoncés par la « milice populaire », ils étaient détenus dans des conditions atroces et interrogés avec la dernière barbarie avant d’être exécutés sans débat contradictoire, sans jugement.

Selon les témoignages de tous les rescapés, les séances de torture étaient officiées directement par le clan familial de Sékou Touré et de son épouse Andrée Touré. C’était une affaire de frères, neveux et beaux-frères. C’étaient Ismaël Touré, le capitaine Siaka Touré (commandant du camp Boiro qui s’était caché à l’hôtel Camayenne durant toute l’agression au lieu de défendre sa caserne), Moussa Diakité, Mamadi Keïta.

Heureusement, grâce à la justice immanente de Dieu, ils ont tous connu le même sort que leurs victimes innocentes : passés sommairement par les armes après la mort de leur protecteur Sékou Touré qui, somme toute, n’était qu’un mortel.

L’agression du 22 novembre avait fourni à Sékou Touré l’occasion dont il rêvait depuis longtemps pour achever les purges déjà commencées par son régime avec le « complot Kaman-Fodéba » de 1969. Après l’agression, 12 000 cadres civils et militaires furent arrêtés dans une cascade de dénonciations suscitées sous la torture ou faites par la « milice populaire ». Beaucoup furent même arrêtés sur un simple doute quant à leur « engagement révolutionnaire ». Ensuite, sans jugement, ils furent déclarés coupables et exécutés, certains secrètement. Tous vaporisés !

Ceux que le clan familial sékoutouréen abhorrait le plus ont été pendus publiquement le 25 janvier 1971 à travers tout le pays ou fusillés le 30 juin et le 18 octobre 1971. Parmi les suppliciés du 25 janvier, il y avait une femme, Hadja Loffo Camara, qui avait été ministre des Affaires sociales. Elle avait été non pas pendue mais fusillée. En vérité, son crime datait de longtemps : avec d’autres patriotes guinéens, elle avait osé demander à Sékou Touré, pendant un congrès du PDG tenu dans les années 60, de choisir entre être président de la République ou secrétaire général du PDG, le parti unique, pour éviter un cumul de fonctions qui, à leurs yeux, ne ferait que favoriser une dérive dictatoriale. Tout ce groupe, auquel appartenait le ministre et « compagnon de l’indépendance » Bangaly Camara, fut, au fil du temps, arrêté et exécuté sommairement.

Selon Hadja Andrée Touré, « on est allé jusqu’à dire que l’agression (du 22 novembre 1970) n’a pas eu lieu, que c’était de l’imaginaire ». Nul ne peut nier la réalité de cette agression, mais d’après des témoignages (dont celui du célèbre officier guinéen Kaba 41 qui avait organisé la défense de Conakry pendant l’agression), Sékou Touré était au courant de sa préparation par des Portugais et des Guinéens de l’étranger et l’aurait même favorisée. Les Portugais, eux, voulaient juste libérer le fils d’un industriel portugais détenu dans les geôles guinéennes. Pour leur faciliter la tâche, Sékou Touré alla jusqu’à transférer le prisonnier de Mamou au camp Boiro à la veille de l’agression.

Nous reviendrons largement sur le témoignage de Kaba 41 dans d’autres articles.
Madame Andrée rappelle qu’« il y a eu plus de 360 tués à Conakry. On ne parle jamais de ceux-là. Des cadavres sont restés dans les rues pendant deux jours qu’on ne pouvait pas ramasser à cause de la lutte. »

L’agression du 22 novembre 1970 n’avait pas du tout été une surprise pour les tenants du régime ni pour l’opinion publique. « Vers le milieu de l’année 70, Sékou Touré venait d’annoncer au monde lors d’une conférence tenue au Palais du peuple que la Guinée allait être attaquée par des mercenaires », dit Kaba 41. Après la conférence, les officiers de la garnison de Conakry ont tenu une réunion pour définir à l’avance une tactique de défense de la capitale. Malheureusement, le régime n’a pas pris en compte leurs recommandations, puisque la politique de Sékou Touré était la neutralisation de l’armée mais aussi parce que, par un calcul politique cynique, cette agression allait faire son affaire.

Après le débarquement nocturne des mercenaires, il a fait appel à la population et les armes se sont retrouvées entre les mains de civils peu ou mal formés à leur maniement. Ces armes ont été pour beaucoup la cause des morts enregistrés parmi les Guinéens. Les témoignages sont formels, il y a eu de nombreux morts par balles perdues ou par règlements de comptes. Certains ont profité de l’occasion pour se débarrasser de leurs ennemis personnels.

André Touré a tort de dire qu’on ne parle jamais des compatriotes tués pendant l’agression. Quand des Guinéens tombent sous la violence, c’est toujours tragique. Personne ne peut s’en réjouir. Mais à qui était la faute ?

Sékou Touré avait refusé que l’armée assure la défense de la capitale et la protection des citoyens, comme c’était son devoir. En tant que commandant en chef des armées, il n’a pas permis que les navires de guerre de l’armée de mer attaquent les bateaux ennemis stationnés au large. Il n’a pas non plus autorisé les avions de chasse à les pilonner alors que l’armée de l’air disposait de nombreux Mig et comptait des pilotes chevronnés. Après la libération du jeune prisonnier portugais, les bateaux étaient répartis comme ils étaient venus. Les mercenaires portugais sont tous rentrés sains et saufs dans leur pays, donc ils avaient réussi leur mission.

Tout s’était passé comme si Sékou Touré, que les bains de sang n’émouvaient guère, avait tenu à ce que l’agression eût lieu et voulu que le bilan fût lourd afin de trouver le prétexte rêvé pour achever ses purges commencées en 1969. En tout cas, Amilcar Cabral (cité par Kaba 41) avait dit malicieusement que « le 22 novembre 1970, le sang a coulé inutilement. ».
A suivre…                                                                                                           

LE BUREAU DE L AVCB

Par Aboubacar Fofana - Publié dans : Politique
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Mardi 29 novembre 2011 2 29 /11 /Nov /2011 18:23
Réunion des ministres en charge de l’énergie de la Cedeao: Les compteurs prépayés vulgarisés Le développement à grande échelle de l’énergie hydroélectrique s’avère extrêmement nécessaires dans la région ouest-africaine tout en maintenant un mix énergétique équilibré entre les différentes sources d’énergie. C’est la principale recommandation de la première réunion du comité des ministres en charge de l’énergie de la Cedeao qui s’est tenue du 24 au 25 novembre dernier, à l’espace Crystal en zone 4. Les ministres ont également réaffirmé leur engagement à faciliter la mise en œuvre du plan directeur révisé actualisé qui prend en compte l’assistance aux initiatives individuelles des pays en vue d’une plus grande participation du secteur privé dans la gestion des sociétés d’électricité, dans l’utilisation des compteurs prépayés, dans les investissements pour la réduction des pertes de distribution et pour une meilleure efficacité énergétique comme moyen d’améliorer la rentabilité des sociétés. Le comité prévoit aussi, pour la période 2012-2025, trente projets de production d’énergie nécessitant un investissement d’environ 17,964 milliards de dollars et vingt-six projets de transport d’énergie s’élevant à environ 6,457 milliards de dollars. Pour le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Energie, Adama Toungara, l’énergie électrique joue un rôle catalyseur dans le processus d’intégration régionale. Il a annoncé la mise en service de la fourniture de l’énergie électrique au Mali en 2012, l’interconnexion avec la Guinée, la Sierra Leone et le Liberia en 2015. J-S Lia   
Par Aboubacar Fofana
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Samedi 19 novembre 2011 6 19 /11 /Nov /2011 13:20

Nouvelle bourde de Standard and Poor's sur la note du Brésil

L'Expansion.com - publié le 18/11/2011 à 11:18

 

L'agence de notation a affirmé qu'elle relevait la note du Brésil en lui accordant desormais la note BBB-. Problème: la note du Brésil était déjà celle-ci avant l'annonce de Standard and Poor's...

L'agence de notation financière Standard
L'agence de notation financière Standard
Reuters

Après la "vraie-fausse" dégradation de la France, l'agence Standard and Poor's a réalisé une nouvelle bourde, cette fois sur la note du Brésil. L'agence a affirmé dans le titre d'un communiqué que le Brésil voyait sa note remontée d'un cran pour atteindre BBB-. Mais elle a rapidement été contrainte de modifier ce titre. Et pour cause: la note du Brésil était de BBB- avant même que S&P n'intervienne!

Cela-dit, l'agence ne s'est pas totalement trompée. Elle a bien revu à la hausse la note du Brésil qui est desormais créditée d'un BBB par l'agence. Elle l'annonçait par ailleurs clairement dans le corps du texte qu'elle a présenté à certains abonnés. Le titre relevait donc de la faute de frappe. Mais cette erreur rappelle le précédent très récent de la France. Standard and Poor's a essuyé un feu de critiques la semaine dernière lorsqu'elle a annoncé par erreur la perte du triple A de la France. Car en ces temps d'extrême volatilité sur les marchés, ces erreurs de S&P peuvent être lourdes de conséquences pour les Etats...

Par Aboubacar Fofana - Publié dans : Finance
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